‹ Les bains d'Europe (volume 2)Chapitre 16 sur 465 · INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XXI

tremblement de terre de Lisbonne, la plupart des grandes sources thermales de l'Europe augmenter tout à coup de volume et de chaleur ou cesser de couler quelques instants, changer de couleur, puis reprendre leur cours avec violence , et , pour quelques-unes, par des orifices nouveaux.

Si Ton étudie pendant un certain nombre d'années, à des époques correspondantes, les eaux d'une température sensiblement constante, on y remarque des oscillations, peu étendues en général. Les différences que présentent les observations de ce genre tiennent souvent, il est vrai, à la manière d'observer des auteurs et aux instruments; mais, tout en ayant égard à la fréquence et à la facilité des erreurs, il paraît certain que des changements notables de température ont eu lieu dans plusieurs sources.

Voici ce que Forbes disait en 1835 : « Rien n'est plus incertain que rhistoire des eaux minérales, malgré leur importance médicale et le grand intérêt géologique qu'elles présentent ; en particulier, rien ou presque rien n'est connu sur la constance ou la variation de leur température de jour en jour, d'année en année, de siècle en siècle, et l'on comprend pourtant la valeur de tels faits pour asseoir une opinion sur la cause de cette température elle-même. Non-seulement nous sommes incapables d'établir avec l'état therrriomélrique ancien des s(>urces, même les mieux connues, des comparaisons authentiques, mais même il nous manque des observations suffisamment précises et complètes qui promettent pour l'avenir ce moyen précieux d'éclairer la théorie des eaux minérales.

(( Les théories de Fourier feraient penser que, si les sources chaudes doivent leur température à la chaleur centrale de la terre, elle a dû fort peu diminuer dans les temps historiques ; mais quelques faits ont prouvé qu'il y a souvent des changements très-brusques. Ainsi la source de la Reine, à Bagnères-de-Luchon, augmenta tout à coup de ^1^,6 lors du tremblement de terre de Lisbonne ; ainsi deux sources chaudes de l'Amérique du Sud, éloignées de tout volcan actif, ont augmenté leur température de ^^,8 depuis le moment où M. de Humboldt les a examinées jusqu'au dernier voyage de M. Boussingault. » Depuis l'époque où écrivait Forbes, des observateurs habiles et

nombreux ont étudié cette question. M. Filhol, à qui l'on doit un excellent travail sur les eaux des Pyrénées, a reconnu que certaines sources, observées avec le soin nécessaire, donnent des différencies minimes, tandis que d'autres subissent, à un degré notable, l'influence d'infiltrations qui abaissent leur température en augmentant leur volume, et le savant professeur de Toulouse regarde comme incontestable la variabilité des sources thermales.

L'émergence récente ou la disparition de sources minérales a été signalée dès l'antiquité. Pline en cite plusieurs exemples. La plupart des sources importantes qui coulent de nos jours paraissent cependant avoir une origine très-ancienne ; plusieurs étaient connues dans les temps historiques les plus reculés, et peutêtre sont-elles, comme les fleuves, contemporaines de notre époque géologique.

Dans quelle saison doit-on prendre les eaux? — C'est pendant les mois de juin, juillet, août et septembre qu'on prend le plus communément les eaux. Dans les parties les plus chaudes de l'Europe, notamment à quelques thermes d'Espagne et à Gambo, dans les Laudes, on divise la saison en deux parties, Tune de printemps, l'autre d'automne, et les établissements restent fermés pendant les mois les plus chauds. L'observation a démontré l'utilité de cette méthode dans tous les pays dont la température est un peu élevée; aussi les médecins des stations thermales s'accordent à conseiller aux malades de veiûr aux eaux avant ou après les grandes chaleurs; il faut remarquer toutefois que certaines eaux sont plus spécialement contre-indiquées sous ce rapport, ce qui tient aux maladies qu'on y traite plutôt qu'à la nature des sources.

La mauvaise saison n'est pas moins défavorable à l'effet des eaux; la pluie, les frimas et les refroidissements qui en résultent sont autant d'ennemis redoutables pour les malades qui vont aux eaux trop tôt ou trop tard, surtout quand ces malades viennent d'un pays dont le climat est plus doux. En revanche, lorsqu'on habite un pays où les froids sont précoces et qu'on va prendre les eaux dans une région plus chaude, il faut s'arranger pour partir et, par conséquent , revenir à une époque

Page 1