INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XXXIII
l'on doit tenir compte, avant tout, de ce principe dominant, carbonate sodique ou calcaire, sulfate, sulfure, chlorure, etc., il ne faut pas oublier que presque toutes les eaux, pour ne pas dire toutes, renferment plusieurs de ces agents dans des proportions inégales, et que de ces coefficients résulte une action complexe qu'il faut bien connaître pour choisir, parmi les eaux congénères, celle dont l'usage doit être prescrit. Il en est des sources comme des synonymes; la source d'élection et le mot propre sont souvent difficiles à trouver.
A cette action complexe des eaux viennent s'ajouter celle de l'hygiène, pendant et après le traitement , et celle du climat, de l'air plus ou moins salubres dans le pays où sont situés les thermes. Ces considérations sont d'une grande importance pour le succès, on ne saurait trop le répéter aux malades, qui, pour la plupart, en tiennent malheureusement peu de compte, surtout en France. Elles figurent toujours en première ligne dans les prescriptions du médecin, et le malade qui les oublie ou les dédaigne a bien souvent lieu de s'en repentir.
On doit regretter aussi qu'en France les eaux minérales soient considérées comme une dernière ressource, comme l'espoir de ceux qui ne doivent plus en conserver. Il en résulte, de la part des malades et même des médecins, le tort de recourir trop lard à Fusage de ce moyen précieux. On voit arriver aux stations minérales des malades qui, venus un an plus tôt, se seraient rétablis facilement, et qu'il faut quelquefois désespérer de guérir, parce qu'ils ont tardé d'une année, c'est-à-dire souffert une année de plus. Ainsi que tous les remèdes énergiques, les eaux peuvent et doivent souvent être emploj'ées comme prophylactique; on en use de la sorte en Allemagne et Ton s'en trouve bien; ces idées commencent à se faire jour en France, et bien des familles s'applaudissent de les avoir acceptées, en présence des résultats merveilleux que les eaux produisent sur certaines constitutions dont on avait tout à craindre.
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Parlons maintenant des phénomènes qui caractérisent les phases du traitement.
En boisson, au début, les eaux pèsent quelquefois à l'estomac
on bien y déterminent une sensation d'ardeur, de sécheresse, comme de dureté, qui peut être pour le médecin une contreindication; quand l'usage de l'eau est indiqué, la tolérance s'établit bientôt dans les organes rebelles au premier abord, et les eaux se digèrent sans peine. D'autres fois, et c'est l'ordinaire, l'eau produit au moment où on la boit une sensation de fraîcheur ou de chaleur agréable et passe facilement. Nous avons vu que, suivant leurs propriétés, elles agissent comme purgatives, diurétiques, sudorifiques, toniques, apéritives, excitantes; quelquesunes, par le gaz qu'elles contiennent, déterminent Tivresse carbonique. Ce sont là les effets primitifs, plus tard se marquent les effets secondaires, atténuation ou disparition des accidents morbides, modification heureuse de la constitution, augmentation des forces, etc.
Des phénomènes analogues se manifestent sous l'influence du traitement externe. Suivant que le bain est à une température peu élevée, 28^ à 32®, ou plus chaude, 33® à 35®, l'impression qu'on reçoit en s'y plongeant est différente. Il faut remarquer aussi, comme nous l'avons dit plus haut, que la même température paraît chaude aux uns et fraîche aux autres, suivant le mode individuel de sensibilité.
Dans le bain de 28® à 31® il y a d'abord frisson léger, un peu d'oppression, besoin d'uriner, puis une réaction modérée s'établit. Dans le bain chaud, 34® à 35®, une sensation de picotement assez vif, comme si des milliers d'épingles effleuraient la peau, est la sensation première qui se produit à beaucoup de stations minérales; chaleur mordicante à la surface de la peau, rougeur fugace, un peu de congestion passagère ou persistante vers la tête ; ces derniers signes sont communs au bain ordinaire et au bain minéral; mais celui-ci produit spécialement l'excitation, l'exaltation des forces, puis la fatigue ou plutôt une sorte de courbature, sans l'affaiblissement qui suit d'ordinaire le bain tempéré ou chaud dans l'eau commune. Souvent aussi, dès le premier bain, d'anciennes douleurs se réveillent ou les douleurs actuelles augmentent d'intensité. Quelquefois le bain est suivi de sueur ; ordinairement il donne lieu à une certaine excitation qui s'accompagne d'un état de bien-être et d'augmentation des forces.