INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XXXV
Quatre à huit jours se passent ainsi sans beaucoup de changement dans l'état du malade. L'excitation, effet primitif de toutes les eaux, est le seul signe à peu près constant de cette période. Quelquefois cependant dès les premiers jours le malade va sensiblement mieux, mais c'est un état exceptionnel, sinon précisément rare ; plus habituellement l'appétit est augmenté. Du quatrième au huitième jour, rarement plus tôt ou plus tard, il survient un peu d'embarras gastrique, l'excitation nerveuse est vive, la circulation s'accélère, Tappétit est nul , le sommeil mauvais , entin l'état fébrile se dessine plus ou moins ënergiquement. On diminue mom.entanément l'usage des eaux, on donne quelquefois un purgatif, puis après un ou deux jours de tumulte des fonctions, tout rentre dans l'ordre, et le malade reprend le cours de son traitement. Cet ensemble de phénomènes, qui se montre presque toujours au début d'une saison d'eaux minérales, a reçu le nom de fièvre thermale. Il serait mieux, sans doute, de dire fièvre minérale, puisqu'elle se produit sous l'influence des eaux froides comme sous celle des eaux thermales, mais l'usage a consacré la première de ces dénominations.
Un certain nombre d'eaux déterminent, au début du traitement, un autre phénomène qui se montre seul ou concurremment avec la fièvre thermale. C'est la poussée, ainsi nommée à Louèche, qui en est comme la terre classique. Sous Tinfluence des bains et surtout des bains prolongés, des bains de piscine de Louèche par exemple, on voit apparaître à la peau, sur un ou sur quelques points distincts, beaucoup plus rarement sur toute la surface du corps, un exanthème dont la forme la plus commune se rapproche de l'érysipèle; quelquefois c'est une éruption qui tient de l'herpès, du psoriasis, ou seulement une rougeur comme celle de la scarlatine. On a même réuni à cet ordre de phénomènes l'éruption furonculeuse qui se produit quelquefois aux stations minérales, et souvent pendant le traitement hydrothérapique. La poussée ne se montre presque jamais sur la partie du corps qui ne plonge pas dans le bain. En général très-bénin, causant quelquefois de vives douleurs, cet effet primitif des eaux se distingue des dermatoses proprement dites par sa forme mal accusée, par son peu de durée, enfin par la possibilité où Ton
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est de le faire développer ou avorter, suivant qu'on insiste sur le traitement ou qu'on le modère.
Considérée à quelques stations comme un signe favorable et que Ton doit chercher à obtenir, la poussée est pour d'autres médecins un accident à éviter, si Ton peut, et à modérer le plus tôt possible, comme ceux de la fièvre thermale, dont elle paraît être une forme dans certains cas. L'une et Tautre opinion nous paraissent admissibles. Si l'on reconnaît que les bains prolongés peuvent être utiles, et c'est aujourd'hui l'opinion générale, il faut accepter ré ventualité de la poussée, qui, presque toujours, est la conséquence de ces bains. De plus, quoique la poussée devienne chez quelques personnes une véritable maladie, la plupart du temps elle n'entrave pas le traitement, et il faut bien qu'il en soit ainsi à Louèche, où fort peu de baigneurs sont exempts de cet épiphénomène.
Ajoutons que si la tradition en médecine peut n être quelquefois qu'une fâcheuse routine, on doit tenir compte d'une observation aussi considérable que celle de la station dont nous venons de parler et qui peut être prise pour type sous ce rapport.
Est-ce à dire que partout ailleurs il faille chercher à déterminer la poussée et la respecter lorsqu'elle se montre? Nullement. Pourquoi voudrait-on assimiler quand même, dans leur mode d'action, des eaux différentes à d'autres égards? L'expérience nous semble devoir prononcer en dernier ressort.
Vers la fin du troisième septénaire, quelquefois plus tôt ou plus tard, suivant les eaux, suivant les malades et le mode de traitement, on voit revenir quelques-uns des avant-coureurs de la fièvre thermale ; excitation, fatigue du traitement, répugnance pour l'eau à laquelle le goût s'était si bien fait. Ce sont les signes de ce qu'on a nommé la saturation. Le médecin décide alors s'il convient, comme c'est l'ordinaire, de cesser le traitement.
En cela comme pour la fièvre thermale, ou plutôt pour tout ce qui concerne le séjour du malade aux eaux et les soins qu'il doit prendre, Tappréciation du médecin, seul juge compétent, est de toute nécessité.
Pliéiiomènes consécutif!» au traitement. — Arrivé à la fin
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de sa saison d'eaux, le malade est souvent mieux, quelquefois il n'éprouve pas de soulagement, quelquefois il se trouve plus malade qu'au début. Dans le premier cas, sans vouloir diminuer en rien sa joie, nous lui conseillerons de ne pas trop laisser courir son imagination, de s'assurer par des avis éclairés, et par une expectation philosophique , s'il ne doit pas s'attendre à quelque retour de son mal et si une ou plusieurs autres visites aux eaux ne lui seront pas nécessaires. N'est-il pas soulagé, se trouvet-il plus mal, qu'il se garde bien de désespérer, le moment n'est pas encore venu où il pourra savoir à quoi s'en tenir sur l'efficacité des eaux; qu'il attende deux ou trois mois, et alors, dans beaucoup de cas, il en éprouvera l'heureuse influence, il se félicitera d'en avoir fait usage.
Quelques-uns sans doute resteront en proie à leurs maux, sans qu'on leur laisse même l'espoir d'un adoucissement ; les eaux pas plus qu'autre chose ne sont une panacée; trop souvent, hélas! elles échouent, et cependant on a pu dire avec raison que les eaux minérales guérissent quelquefois, soulagent souvent, consolent toujours ou plutôt distraient le malheureux patient de ses douleurs.
La saison d'eaux terminée, le malade, en reprenant sa vie ordinaire, doit cependant observer une hygiène exceptionnelle; c'est ainsi qu'on lui interdit, en général, pendant six semaines ou deux mois, l'usage de toute eau minérale en boisson et les bains, même dans l'eau commune. 11 faut excepter les malades auxquels est prescrit un traitement complémentaire, ce que les Allemands appellent Nachkur, Quelquefois en effet l'usage excitant ou débilitant d'une eau qui a produit l'effet attendu nécessite un amendement qu'on trouve à une autre source, ou qu'on obtient par un régime particulier. Les séjours d'hiver, les cures de raisin et de petit-lait, se rattachent à cette partie de notre sujet.
Conseils aux personnes qui vont aux eaux. — Il nous reste à donner quelques indications et quelques avis aux personnes qui vont aux eaux. De ces personnes les unes sont malades, les autres ne cherchent là comme ailleurs que la distraction et le plaisir. Occupons-nous d'abord des malades c'est de toute justice.
Bien des gens croient, quand on leur a prescrit d'aller prendre les eaux, qu'il ne s'agit que de se rendre à la station indiquée et qu'ils n'ont pas plus besoin de conseils pour suivre leur traitement que pour prendre un bain dans leur voisinage ou un verre d'eau gazeuse à leur repas. S'ils vonrt trouver, en arrivant, le médecin inspecteur, c'est pour la forme et, bien souvent, en regrettant cette visite. Ce qui peut leur avoir été recommandé par leur médecin ordinaire, ou par celui qui dirige le traitement, est en général considéré par eux comme une série de généralités banales; mais, en revanche, ce qu'ils entendent dire par les autres malades, à table d'hôte, dans les réunions, dans les promenades, sur telle ou telle source, sur tel ou tel médecin, sur ce qu'il faut ou ne faut pas faire, tout cela est pris au sérieux. Tant mieux si, par extraordinaire, le bon sens l'emporte dans ces consultations bénévoles dont les gens du monde sont si prodigues ; tant pis si l'ignorance et ses préjugés en font toute la substance, car c'est surtout de ce bavardage, de ces cancans, passez-nous le mot, que le malade tiendra compte. N'en est-il pas ainsi dans la vie ordinaire? pourquoi donc en serait-il autrement aux eaux? Le médecin n'en donne pas moins ses conseils, nous continuerons à faire comme lui.
Les eaux sont un des moyens médicaux les plus actifs et les plus délicats dans leur emploi ; la moindrd erreur dans le traitement, le moindre écart de régime, peuvent compromettre le succès, et vous savez s'il importe à votre santé, souvent même à votre fortune, que cette saison d'eaux, ce voyage, ne soient pas une dépense inutile ou un traitement nuisible, faites en sorte, de n'avoir du moins, lien à vous reprocher. Arrivé aux eaux, consultez un médecin et suivez rigoureusement ses avis; gardez-vous des conseils qui vous viendront d'ailleurs, et quand ils vous paraîtraient bons ou inolïensifs, soumettez-les à votre conseiller légitime avant de les suivre. Ne buvez pas indifféremment à telle ou telle source sans autorisation expresse ; quand ce serait une occasion de faire votre cour à une belle dame ou à quelque personnage important, ne buvez pas de la même eau qu'eux, si cette eau ne vous est pas permise ; eussiez-vous en perspective le plus gracieux sourire, la protection la plus puissante, pensez à votre estomac, à votre foie, a votre vessie,