INTRODUCTION. — LES EAUX MINERALES. XXXIX
pauvre • malade I souvenez-vous d'hier, où vous souffriez tant, et songez à demain, pour tâcher de moins souffrir.
Ne croyez pas, comme beaucoup de vos compagnons d'infortune, qae, si les eaux doivent vous guérir, plus vous en boirez, plus tôt vous serez guéri, ou bien encore que, si tel malade boit six verres d'eau, votre médecin a tort de ne vous en permettre que trois. Sancho disait que trop d'eau noya le meunier, et que la même selle ne convient pas à tous les chevaux. Permetteznous de vous rappeler ces deux proverbes ; tout vulgaires qu'ils sont, ils résument très-bien ce que nous pourrions vous dire sous une forme scientifique et avec de longues explications dont nous vous ferons grâce.
N'écoutez ni vos voisins de table, ni les sollicitations de votre estomac en présence d'un repas trop succulent, de sauces dangereuses et de tant d'autres poisons, très-séduisants, j'en conviens , mais qui ne vous seraient pas servis si les aubergistes s'inquiétaient de votre santé. Ils s'en soucient bien, ma foi! Quant à vos voisins, ils vous conseillent, dans leur faiblesse ou dans leur ignorance, de faire comme eux, et votre estomac est un gourmand qui convoite avidement ce bon dîner, dût-il, demain ou l'hiver prochain, ne pas pouvoir digérer une cuillerée de potage , dût-il se tordre et vous tordre vous-même dans les agréables sensations que vous savez. Tous vos organes sont du complot, chacun dans ses attributions; je vous en préviens.
Le repos, la tranquillité à tous égards, sont de première importance pendant le traitement ; non pas qu'un malade doive se condamner à l'immobilité, fuir toute distraction et s'ennuyer par régime; il doit, au contraire, chercher, dans des limites raisonnables, à se faire aux eaux une vie agréable ; la promenade, les réunions où Ton trouve un plaisir calme et sans fatigue, l'oubli complet des affaires et du travail d'esprit que remplace, avec avantage, la corvée du traitement, voiià ce qui doit remplir la journée de notre malade. Cette journée doit commencer et finir de bonne heare. En général, les heures réglementaires de la buvette ou du baiu ne permettent pas de rester lard au lit; mais les conseils, les menaces même du médecin ne peuvent empêcher les réunions du soir de se prolonger; et comment se lever sans fatigue à sept heures, quelquefois même plus tôt, quand on
s'est couché après minuit? Nous ne parlons pas du tapis vert, parce que la loi, à défaut du sens commun, en a fait justice presque partout.
Il faut éviter de se promener après le coucher du soleil, surtout dans les pays où la fièvre est endémique. Des vêtements d'hiver sont nécessaires, même en plein été, à beaucoup de stations minérales situées dans les montagnes ou dans un climat variable; partout, même dans les pays chauds, et là peut-être plus qu'ailleurs, le malade, qu'il boive seulement ou se baigne, doit se résigner à l'usage de la flanelle. La stimulation des fonctions de la peau est un des effets les plus généraux et les plus constants des eaux; il est donc important surtout de se prémunir contre les refroidissements, et la flanelle est le seul moyen d'y parvenir dans les conditions dont il s'agit.
Faut-il aussi recommander aux malades de ne pas aller, soit pour éviter, soit pour suivre la foule, se promener sur tel ou tel point du voisinage, le plus exposé possible aux courants d'air par exemple sur des ponts comme ceux du Mont -Dore et de Vichy, qui peuvent passer pour les types du genre?
On ne doit pas traiter légèrement et comme sans conséquence les phénomènes de malaise ou d'amélioration apparente qui se présentent dans le cours du traitement. Ce sont presque toujours, pour le médecin, des indications importantes, et les négliger c'est s'exposer, dans certains cas, à des accidents graves, congestions sanguines, hémoptysie, attaques de goutte, etc.
Tels sont les points sur lesquels nous croyons utile d'appeler l'attention des malades.
Quant aux gens bien portants, aux touristes et à ceux qui viennent aux eaux comme à une partie de plaisir, nousJes félicitons de n'avoir rien à démêler avec la médecine, et, pour les aider à conserver cet heureux privilège, nous leur adresserons quelques mots d'avis, justement à propos des eaux qu'ils visitent.
Quoique l'usage de ces eaux n'ait rien de bien séduisant, et que la meilleure ait une saveur fort médiocre, pour ne pas dire plus, tel est l'entraînement de l'exemple, du voisinage ou d'autres motifs, que bien des personnes, venues à Vichy ou à Bade pour tout autre chose que pour les eaux, finissent par en faire