LES SEJOURS D'HIVER
Les personnes dont la poitrine est malade ou seulement délicate, trouvent un grand avantage à vivre dans un climat doux et aussi constant que possible. Là seulement leurs fonctions ne iiont pas gênées par l'inclémence de l'atmosphère, et leurs pou-
mons peuvent aspirer Tair libre sans avoir à redouter un contact brûlant ou glacial.
Il est d'ailleurs de précepte, en cas de maladies longues et chroniques, de changer de lieu, comme le fait observer M. Carrière, à qui Ton doit des travaux de premier ordre sur le sujet qui nous occupe.
Le malade aura donc à passer l'été dans un pays du Nord, et Thiver dans une zone plus méridionale. Il semble au premier abord que la solution la meilleure serait, pour lui, d'aller habiter entre les tropiques une de ces contrées que l'on se figure comme jouissant d'un climat privilégié. Mais Texpérience prouve que les affections les plus redoutables de la poitrine, celles précisément pour lesquelles on doit éviter les variations brusques de température, sont influencées d'une manière désastreuse parle climat tropical. C'est donc en Europe, ou du moins dans une région qui la dépasse très-peu au sud, que le malade devra chercher sa station d'hiver.
Les contrées insulaires peu élevées au-dessus de l'Océan et abritées des vents du nord, seront en général préférées, comme d'une température plus égale. Il ne faut pas oublier que la stabilité du c'imat et le peu d'étendue des oscillations thermométriques importent beaucoup plus dans cette question qu'une moyenne tempérée. Cette moyenne peut d'ailleurs être choisie dans des limites différentes, suivant qu'il s'agit d'un Européen de l'extrême Nord ou du Midi.
Il faut aussi tenir compte des difficultés de déplacement, et la plupart des pays européens présentent, au point de vue qui nous occupe, des termes moyens qui sont précieux pour les personnes à qui leur fortune ou leurs affaires interdisent une expatriation ou un long voyage. Ainsi Tîle de Wight et plusieurs autres points des côtes d'Angleterre sont un séjour relativement hygiénique pour les habitants de climats plus rigoureux et plus variables , comme l'Ecosse par exemple.
De même en Suisse, en Autriche et dans les autres .pays continentaux, il est des contrées où l'hiver est plus clément aux poitrines délicates; mais c'est dans le Midi que ces malades doivent émigrer s'il est possible , comme, au temps de Celse, les Romains allaient chercher en Egypte un soulagement à leurs maux.
INTRODUCTION. — LES SEJOURS D HIVER. Ll
Madère possède sous ce rapport un climat exceptionnel ; on vante également celui du Caire, quoique les vents brûlants qui soufflent quelquefois en Afrique semblent devoir atténuer les avantages de ce beau pays. Plus à portée des malades qui ne peuvent pas entreprendre un long voyage, on trouve sur les côtes de la péninsule ibérique, dans le raidi de la France et sur plusieurs points de l'Italie, de la Sicile, de la Grèce et de l'Asie Mineure, des localités dont le séjour convient aux personnes qui redoutent l'hiver.
Venise tient le premier rang ; son air tiède, humide et calme, la douceur et la stabilité de sa température en font un séjour d'hiver excellent; mais il ne faut pas oublier l'action fâcheuse que le climat de cette ville a sur certaines afTections du cœur, et que M. Carrière a signalée. Pise semble avoir été trop vantée; son climat, très-pluvieux, est de plus sujet à des variations de température brusques et assez fortes. Les oscillations thermométriques sont souvent de 7^,5 à 10^, et pendant le mois de décembre on voit quelquefois le thermomètre marquer + 7^,5 le matin, 15^,25 à midi, et 0^,5 le soir (voy. Helfft, p. 119). La moyenne des six mois les plus froids, 9^,37, est cependant bien plus élevée que celle de Venise, 6^,50. Mais à Venise on n'obscrve pas de variations aussi intenses. Menton, San-Remo dans le golfe de Gênes, côte du Ponent, et Sestri di Levante sont encore des stations excellentes, ainsi qu Hyères et Cannes. Le quartier des pêcheurs à Nice est à l'abri du mistral, mais le quartier de la Croixde-Marbre, où se logent la plupart des étrangers, ne mérite pas la réputation que l'on a faite à cette station d'hiver. 11 en est de même de Pau, dont on a trop vanié le séjour. Rome passe encore dans une partie de lltalie pour un pays favorable aux mauvaises poitrines : « Qui va à Rome, gagne un an, » dit le proverbe italien ; mais ce proverbe a peut-être pris naissance à Florence ou à Sienne, et la réputation qu'on a faite à Rome ne paraît pas confirmée par l'observation des médecins militaires attaches à l'armée d'occupation.
Palerme et quelques autres points de la Sicile ou de la Grande- Grèce offrent aux malades un climat salutaire ; mais , là comme à Rome et même à Venise , Témigré n'attendra pas que les chaleurs africaines de Tété viennent fatiguer ses poumons
*de leur air brûlant et raréfié : il doit , dès que le voyage est praticable sans risque de refroidissements, gagner une région tempérée.
On a organisé sur plusieurs points des Pyrénées des stations hivernales, pour lesquelles Tart fait au moins autant que le climat. Ces établissements reunissent en général, aux avantages d'un séjour d^'hiver, ceux que peut offrir, dans quelques cas, l'usage d'eaux thermales parfaitement aménagées.