INTRODUCTION. — EAUX MINKRALES. XI
un phénomène mystérieux, comme due à un calorique d'une nature particulière. On croyait que les eaux thermales, h égalité de température et de volume, se refroidissaient plus lentement que l'eau commune chauffée par les moyens ordinaires ; l'expérience, si facile, a montré l'identité, à cet égard, du calorique emprunté à laterreetde celui que développe l'industrie humaine; quant à une autre expérience, celle de Mme de Sévigné', le thermomètre et l'étude du gaz qui fait bouillonner les sources de Vichy ont fait voir que réminent écrivain avait confondu ce bouillonnement avec celui de l'eau à 100°. Tout erronée que soit cette expérience de Mme de Sévigné, il n'est pas inutile de la rappeler, car elle s'ajoute à beaucoup d'autres faits du même genre qui prouvent ce que vaut souvent dans les sciences d'observation, le mot que l'on vous jette partout à la tète : « J'ai vu ! »
Minéralisation. — Suivant l'opinion la plus générale et la plus vraisemblable, les eaux se minéralisent en dissolvant quelques-uns des corps avec lesquels elles sont en contact dans l'intérieur du globe. Les géologues admettent que la haute température de ces régions, la forte pression à laquelle les eaux s'y trouvent soumises et probablement l'électricité ajoutent à leur propriété dissolvante. Ce pouvoir dissolvant s'accroît encore lorsque l'eau vient à se charger de gaz, comme les acides carbonique, sulfhydrique et chlorhydrique. La nature et l'abondance des éléments dissous dépendent nécessairement des terrains avec lesquels les eaux se sont trouvées en contact. On pense que la minéralisation s'accomplit par la réaction des acides sur les bases et par une mutation incessante des uns et des autres, mais les opinions sont partagées sur la marche et le détail des phénomènes qui constituent le mode de minéralisation.
Corps organisés et matières organiques dans les eaux.
— Des êtres organisés, végétaux et animaux, en nombre trèsconsidérable et d'espèces très-variées, se développent et vivent
1. « Je mis hier moi-même une rose dans la fontaine bouillante (de Vichy); «lie y fut longtemps saucée et resaucée; je l'en tirai comme de dessus la tige; j'en mis une autre dans une poêlonnée d*eau chaude, elle y fut en bouillie en un moment. Cette expérience, dont j'avais oui parler, me fit plaisir. » (Lettre 503.)
au sein des eaux minérales. On y rencontre aussi une substance azotée, d'une organisation douteuse, qu'on a nommée glairine ou barégine. Les végétaux sont des Algues ou Phycées, auxquelles on donne généralement le nom de conferves qui n'appartient qu'à un de leurs genres; les animaux sont des vers nématoïdes, des infusoires et des mollusques. On a même signalé, dans l'eau d'Albano et dans certaines eaux de l'Amérique et de l'Asie, la présence de poissons.
Variabilité des sources minérales. — Un grand nombre de sources minérales, sinon toutes, varient suivant les années et les saisons, sous le rapport du débit, de la température et du degré de minéralisation. Les phénomènes importants de l'atmosphère et du sol influent sur beaucoup de ces eaux; les pluies et la sécheresse élèvent ou abaissent leur débit, leur température, leur concentration. Quelques-unes sont intermittentes.
Les oscillations barométriques, et par conséquent les orages, sont précédés ou suivis, dans beaucoup de stations minérales, d'un dégagement de gaz plus considérable, d'une sulfuration plus forte, dans quelques-unes d'une altération de la limpidité ou de quelque autre caractère physique; enfin les tremblements de terre apportent la plus grande perturbation, sous tous les rapports, dans presque toutes ces sources, et notamment dans les plus importantes. C'est ainsi qu'on a vu, lors du tremblement de terre de Lisbonne, la plupart des grandes sources thermales de l'Europe augmenter tout à coup de volume et de chaleur ou cesser de couler quelques instants, changer de couleur, puis reprendre leur cours avec violence et, pour quelques-unes, par des orifices nouveaux.
Si l'on étudie pendant un certain nombre d'années, à des époques correspondantes, les eaux d'une température sensiblement constante, on y remarque des oscillations, peu étendues en général. Les différences que présentent les observations de ce genre tiennent souvent, il est vrai, à la manière d'observer des auteurs et aux instruments; mais, tout en ayant égard à la fréquence et à la facilité des erreurs, il est certain que des changements notables de température ont eu lieu dans plusieurs sources. « Ainsi, dans la source de la Reine, à Bagnères-de-