INTRODUCTION. — EAUX MINERALES. XIII
Ludion, la thermalité augmenta tout à coup lors du tremblement de terre de Lisbonne; ainsi la température de deux sources chaudes de l'Amérique du Sud, éloignées de tout volcan actif, s'est élevée de k°, 8 depuis le moment où de Ilumboldt les a examinées jusqu'au dernier voyage de M. Boussingault (Forbcs). »
M. Filhol a reconnu que certaines sources, observées avec le soin nécessaire, donnent des différences minimes, tandis que d'autres subissent, à un degré notable, l'influence d'infiltrations qui abaissent leur température en augmentant leur volume.
L'émergence récente ou la disparition de sources minérales a été signalée dès l'antiquité; Pline en cite plusieurs exemples. La plupart des sources importantes qui coulent de nos jours paraissent cependant avoir une origine très-ancienne ; plusieurs étaient connues dans les temps historiques les plus reculés, et peut-être sont-elles, comme les fleuves, contemporaines de notre époque géologique.
Dans quelle saison doit-on prendre les eaux! — C'est pendant les mois de juin, juillet, août et septembre qu'on prend le plus communément les eaux. Dans les parties les plus chaudes de l'Europe, notamment à quelques thermes d'Espagne et du midi de la France, on divise la saison en deux parties, l'une de printemps, l'autre d'automne, et les établissements restent fermés pendant les mois les plus chauds. L'observation a démontré l'utilité de cette méthode dans tous les pays dont la température est un peu élevée; aussi les médecins des stations s'accordent à conseiller aux malades de venir aux eaux avant ou après les grandes chaleurs ; il faut remarquer toutefois que certaines eaux sont plus spécialement contre-indiquées sous ce rapport, ce qui tient aux maladies qu'on y traite plutôt qu'à la nature des sources.
La mauvaise saison n'est pas moins défavorable à l'effet des eaux; la pluie, les frimas et les refroidissements qui en résultent sont autant d'ennemis redoutables pour les malades qui vont aux eaux trop tôt ou trop tard, surtout quand ces malades viennent d'un pays dont le climat est plus doux. En revanche, lorsqu'on habite un pays où les froids sont précoces et qu'on va prendre les eaux dans une région plus chaude, il faut s'arranger
pour partir et, par conséquent, revenir à une époque peu avancée de la saison, afin d'avoir, en rentrant chez soi, le temps de s'acclimater de nouveau; car passer brusquement d'un climat chaud aux froids de l'hiver, ce serait risquer de perdre tout le bénéfice du traitement.
Traitement interne et externe. — On fait usage des eaux minérales intérieurement et extérieurement; dans quelques stations, l'un ou l'autre traitement est seul appliqué. On prend les eaux à l'intérieur, en boisson ou par inhalation. Le traitement externe consiste dans les bains, les douches, les applications et fomentations topiques et les injections qui se rattachent aux douches ; la vapeur dégagée naturellement ou artificiellement de l'eau minérale se rattache au traitement externe.
La quantité d'eau prescrite en boisson varie d'un quart de verre à six ou huit verres : ce dernier chiffre est rarement atteint dans la plupart des établissements, et le maximum n'est porté à dix ou douze verres que dans quelques stations exceptionnelles. Bon nombre de médecins pensent que huit verres sont déjà beaucoup et qu'au delà l'eau n'est pas digérée.
L'eau se boit le matin, à jeun et à la source; on conseille généralement un exercice modéré dans l'intervalle des verres d'eau. 11 est des stations où l'on boit encore un ou deux verres dans l'après-midi ; cette méthode peut être utile dans certaines médications. Enfin, on donne quelquefois l'eau en boisson aussitôt après les repas. Aux sources dont la température est modérée, comme à Vichy, par exemple, on doit boire l'eau à sa température native; mais à des sources plus chaudes, on recommande souvent de boire l'eau aussi chaude que possible; de cette manière, elle perd moins de son gaz, est mieux digérée et a plus d'action. Il faut boire chaque verre doucement, sans se presser et en affrontant courageusement le goût de l'eau, s'il est désagréable, comme c'est l'ordinaire. De cette manière, l'eau passe bien, tandis que si on l'avale précipitamment, elle distend l'estomac et n'est pas bien supportée. Quant au goût, oh s'y fait en quelques jours au point de trouver agréable une eau qui vous répugnait d'abord.
INTRODUCTION. — UAUX MINERALES. XV
En principe, l'eau doit être bue pure; le médecin peut seul juger s'il est nécessaire de la couper.
Les bains devraient aussi, en principe, être composés d'eau minérale pure. Il est vrai que dans beaucoup de stations on est obligé de diminuer la force de l'eau en la mélangeant, mais ce mélange devrait être facultatif et non imposé à tous.
Enfin, il est important que l'eau minérale puisse être employée à sa température d'émergence-, elle perd toujours à être refroidie et surtout chauffée. Les eaux sulfureuses sont, plus que les autres, altérées dans leur composition et dans leurs propriétés ■par ces opérations, indispensables à quelques sources ; mais des appareils fort ingénieux permettent aujourd'hui de chauffer les eaux en les altérant aussi peu que possible.
Le bain se prend, en général, à la température de 33° à 35° ; il est des personnes pour qui un bain à 33° est frais, d'autres le trouvent trop chaud à Zk°\ on a toujours égard à ces dispositions particulières.
L'heure du bain varie nécessairement suivant que le malade est soumis ou non au traitement interne, suivant que le bain doit ou non déterminer la sueur, enfin suivant Taffluence des baigneurs et le nombre relatif des baignoires. En France, où les repas se font généralement, aux eaux, vers dix heures du matin et six heures du soir, le bain doit être pris à huit heures ou à quatre. On a, de cette manière, le temps de prendre après le .bain un repos ordinairement nécessaire.
La durée du bain varie de dix minutes à une ou plusieurs heures; dans certaines stations elle ne peut dépasser une heure, à cause de l'affluence des malades ; c'est un vice d'organisation qu'on a depuis longtemps signalé.
Les bains de piscine, comme ceux de baignoire, les douches, les frictions, le massage, en un mot tout ce qui se rattache au bain, doit être également apprécié dans son opportunité et réglé par le médecin qui dirige le traitement, sans qu'il soit possible d'en fixer à l'avance l'usage et les limites.
En général, on conseille aux malades de ne pas lire dans le bain ou, du moins, de n'y pas faire de lecture nécessitant une certaine contention d'esprit.
A cette partie du traitement se rattache encore le bain d'étuves
naturelles ou artificielles et le bain ou la douche de gaz acide carbonique. Les terrains volcaniques présentent, sur quelques points, des cavités naturelles s'ouvrant à l'air extérieur, et dont les parois et l'atmosphère sont échauffées par le feu d'un volcan voisin. En général ces cavités ont été agrandies et régularisées par la main de l'homme. Il existe des étuves de ce genre sur le littoral de la baie de Naples; quelques-unes ont été en usage à l'époque romaine, comme l'indiquent les noms qu'elles ont conservés. Ischia possède aussi des étuves dites naturelles, où lavapeur d'eau chaude pénètre à volonté par des conduits adaptés aux fissures du sol. Les étuves artificielles doivent être disposées de manière qu'on puisse graduer la température de leurs subdivisions.
Pour le bain de gaz on utilise l'acide carbonique dégagé par certaines sources en quantité considérable. Plusieurs établissements français possèdent aujourd'hui une installation complète à cet égard.
La durée du traitement, d'une saison, comme on dit en France, ne peut être fixée à l'avance, et doit résulter d'une foule déconsidérations appréciables seulement par le médecin des eaux. Dix à quinze jours dans quelques stations, vingt à vingt-cinq dans beaucoup d'autres, enfin trente jours, six semaines, trois mois et plus pour quelques malades et dans certaines localités, telles sont les limites, fort étendues comme on voit, dans lesquelles peut agir le médecin qui a institué et qui surveille le traitement.
Effets physiologiques et thérapeutiques des eaux minérales. — Les auteurs s'accordent assez sur la plupart des indications thérapeutiques des eaux minérales; il n'en est pas de même à l'égard de leur mode d'action, de leurs effets physiologiques, reconnus par les uns, douteux pour quelques autres. Voici les données généralement admises. Les eaux minérales agissent sur l'ensemble des organes, sur l'économie entière -, si leur action élective porte sur un organe ou une fonction en particulier, c'est toujours secondairement et par une modification intime et moléculaire de l'organisme. Est-il besoin de dire que les phénomènes qui se produisent, varient dans leur nature et leur intensité suivant qu'on s'adresse à
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telle classe d'eaux ou môme à telle source en particulier, suivant l'idiosyncrasie du malade? Le premier effet des eaux est en général une excitation plus ou moins marquée. Souvent aussi on observe du côté des appareils digestif et urinaire, des effets qui tiennent aux propriétés spécifiques de l'eau et continueront pendant le traitement, ou sont transitoires et dépendent de l'impressionnabilité particulière au malade.
En boisson, au début, les eaux pèsent quelquefois à l'estomac ou bien y déterminent une sensation d'ardeur, de sécheresse, comme de dureté, qui peut être pour le médecin une contreindication ; quand l'usage de l'eau est indiqué, la tolérance s'établit bientôt dans les organes rebelles au premier abord, et les eaux se digèrent sans peine. D'autres fois, et c'est l'ordinaire, l'eau produit au moment où on la boit une sensation de fraîcheur ou de chaleur agréable et passe facilement. Quelques eaux, riches en acide carbonique, déterminent une sorte d'ivresse passagère.
Pour le traitement externe, il faut noter que la même température paraît chaude aux uns et fraîche aux autres, suivant le mode individuel de sensibilité. Dans le bain de 28° à 31° il y a d'abord frisson léger, un peu d'oppression, besoin d'uriner, puis une réaction modérée s'établit. Dans le bain chaud, 3^° à 35°, une sensation de picotement assez vif, comme si des milliers d'épingles effleuraient la peau, est la sensation première qui se produit à beaucoup de stations minérales; chaleur mordicante à la surface de la peau, rougeur fugace, un peu de congestion passagère ou persistante vers la tète, ces derniers signes sont communs au bain ordinaire et au bain minéral ; mais celui-ci produit spécialement l'excitation, l'exaltation des forces, puis la fatigue ou plutôt une sorte de courbature, sans l'affaiblissement qui suit d'ordinaire le bain tempéré ou chaud dans l'eau commune. Souvent aussi, dès le premier bain, d'anciennes douleurs se réveillent ou les douleurs actuelles augmentent d'intensité. Quelquefois le bain est suivi de sueur-, ordinairement il donne lieu à une certaine excitation qui s'accompagne d'un état de bien-être et d'augmentation des forces.
Quatre à huit jours se passent ainsi sans beaucoup de changement dans 1 état du malade. L'excitation, effet primitif des
BAINS D'EUROPE. b
ux minérales, est le seul signe à peu près constant de cette période. Quelquefois cependant, dèslespremiersjours, le malade va sensiblement mieux, mais c'est un état exceptionnel, sinon précisément rare; plus ordinairement l'appétit est augmenté. Ou quatrième au huitième jour, rarement plus tôt ou plus tard, il survient un peu d'embarras gastrique, l'excitation nerveuse est vive, la circulation s'accélère, l'appétit est nul, le sommeil mauvais, enfin l'état fébrile se dessine plus ou moins énergiquement. On diminue momentanément l'usage des eaux, on donne quelquefois un purgatif, puis, après un ou deux jours, tout rentre dans l'ordre, et le malade reprend le cours* de son traitement. Cet ensemble de phénomènes a reçu le nom de fièvre thermale. On l'observe principalement quand les bains sont pris à une haute température et que l'eau est donnée en boisson à dose assez forte. Il est difficile de l'éviter aux stations d'eaux sulfurées, hyperthermales, les plus excitantes de toutes, et quand le traitement doit être conduit dès le début avec une certaine vivacité. Dans d'autres conditions, des ménagements convenables peuvent réduire la fièvre thermale à un peu de courbature et d'inappétence qui se dissipent d'elles-mêmes; mais peu de malades échappent complètement à un léger trouble des fonctions.
Un certain nombre d'eaux déterminent, au début du traitement, un autre phénomène qui se montre seul ou concurremment avec la fièvre thermale. C'est la poussée, ainsi nommée à Louèchc, qui en est comme la terre classique. Sous l'influence des bains et surtout des bains prolongés, des bains de piscine de Louèche par exemple, on voit apparaître à la peau, sur un ou sur quelques points distincts, beaucoup plus rarement sur toute la surface du corps, un exanthène dont la forme la plus commune se rapproche de l'érysipèle ; quelquefois c'est une éruption qui tient de l'herpès, du psoriasis, ou seulement une rougeur comme celle de la scarlatine. On a même réuni à cet ordre de phénomènes l'éruption furonculeuse qui se produit quelquefois aux stations minérales, et souvent pendant le traitement hydrothérapique. La poussée ne se montre presque jamais sur la partie du corps qui ne plonge pas dans le bain. En général très bénin, causant quelquefois de vives douleurs,