INTRODUCTION. — EAUX MINÉRALES. MX
cet effet primitif des eaux se distingue des dermatoses proprement dites |iar sa forme mal accusée, par son peu de durée, enfin par la possibilité où Ton est d'en exciter ou d'en faire avorter le développement, suivant qu'on insiste sur le traitement ou qu'on le modère.
Considérée à quelques stations comme un signe favorable et que l'on doit chercher à obtenir, la poussée est pour d'autres médecins un accident à éviter, si l'on peut, et à modérer le plus tôt possible, comme ceux de la fièvre thermale, dont la poussée paraît être une forme dans certains cas. L'une et l'autre opinion nous paraissent admissibles.
Si l'on reconnaît que les bains prolongés peuvent être utiles, et c'est aujourd'hui l'opinion générale, il faut accepter l'éventualité de la poussée, qui, presque toujours, dans certaines stations thermales, est la conséquence de ces bains. De plus, quoique la poussée devienne chez quelques personnes une véritable maladie, la plupart du temps elle n'entrave pas le traitement, et il faut bien qu'il en soit ainsi à Louèche, où fort peu de baigneurs sont exempts de cet épiphénomène. Ajoutons que si la tradition en médecine peut n'être quelquefois qu'une fâcheuse routine, on doit tenir compte d'une observation aussi considérable que celle de la station dont nous venons de parler et qui peut être prise pour type sous ce rapport.
Est-ce à dire qu'ailleurs il faille chercher à déterminer la poussée ou la respecter lorsqu'elle se montre? Nullement. L'expérience doit ici, comme toujours, prononcer en dernier ressort.
A la réaction du début succède la tolérance, et le traitement se poursuit ainsi que le développement normal des phénomènes propres à chaque espèce d'eau.
Vers la fin du troisième septénaire, quelquefois plus tôt ou plus tard, suivant les eaux, suivant les malades et le mode de traitement, on voit revenir quelques-uns des avant-coureurs de la fièvre thermale : excitation, fatigue du traitement, répugnance pour l'eau à laquelle le goût s'était si bien fait. Ce sont les signes de ce qu'on a nommé la saturation. Le médecin décide alors s'il convient, comme c'est l'ordinaire, de cesser le traitement.
En cela comme pour la fièvre thermale, ou plutôt pour tout ce qui concerne le séjour du malade aux eaux et les soins qu'il doit prendre, l'appréciation du médecin, seul juge compétent, est de toute nécessité.
Beaucoup d'eaux minérales, quoiqu'appartenant à des classes différentes, se rapprochent par la présence commune de certains principes minéralisateurs ; elles se rapprochent aussi dans leurs effets.
Les eaux sulfurées sodiques agissent différemment, suivant qu'elles dégagent plus ou moins d'acide sulfhydrique au contact de l'air. Celles de ces eaux qui sont stables, c'est-à-dire qui se décomposent lentement et difficilement sous l'influence de l'air, sont moins excitantes*, leur principe actif, le soufre, ne portant que sur la peau et, quand le traitement est en même temps interne, sur la muqueuse des voies digestives, les effets physiologiques mettent un certain temps à se produire. C'est, dans ce cas, un médicament altérant, dont l'action est lente, mais durable. Au contraire, les eaux qui dégagent beaucoup d'acide sulfhydrique agissent à la fois sur la peau, le tube digestif et les bronches-, le soufre est rapidement absorbé par cette dernière voie surtout, et l'on voit se produire une excitation vive dès le début du traitement.
C'est par cette excitation générale des organes que les eaux sulfureuses paraissent agir sur l'économie; elles activent les fonctions des téguments et des muqueuses en même temps que la circulation. Les unes tendent à congestionner les poumons, en stimulant la vitalité de la muqueuse bronchique ; d'autres portent leur action sur le système vasculaire de l'abdomen et sur les viscères de cette cavité. Elles ont une action spécifique sur la peau, le tissu fibreux et les glandes; elles agissent, dit Herpin, suivant l'espèce d'organes, comme moyen résolutif, fondant, évacuant, diaphorétique, expectorant, etc. Elles neutralisent les effets toxiques de certains métaux, comme le plomb, l'arsenic et le mercure. On a expliqué ces effets par la formation d'un sulfure métallique insoluble; d'autres auteurs ont dit, au contraire, que le sulfite de soude dissolvait les composés de l'albumine et des métaux et permettait ainsi l'élimination de ces derniers, seul moyen de guérison.