LA DISETTE
Le sol de la Nouvelle^-Zélande est très-fertile. Il abonde en patates, en racines de fougères, dont on fait une pâte nutritive, et ses baies fournissent une immense quantité de poisson, qu'on fait sécher pour le conserver.
Mais il arrive quelquefois que cette dernière ressource vient à manquer, surtout quand une certaine maladie attaque le poisson. Cette maladie est produite par de longs vers blancs filamenteux qui traversent les chairs, et alors le poisson ne peut être séché et mis en réserve.
Ces îles ne contenant aucun quadrupède, mais seulement ceux qui y ont été importés, comme les porcs , les chiens et quelques espèces de gros volatiles , la chasse n'offre qu'une ressource bien insuffisante. Que ia guerre survienne, la troupe en marche n'a plus, pour se soutenir, que le ngoua-doué^pAte composée avec la racine de la fougère, le pteris e$culenta. Aussi, les armées en viennent-elles souvent aux mains en mourant de faim. Elles combattent non- seulement alors par haine, par vengeance, mais surtout par besoin. Les guerriers soupent après la victoire, pour se dédommager, aux dépens des cadavres de leurs ennemis, de la diète forcée qu'ils viennent de subir.
£n 1835, desNouveaux-Zélandais, partis du port Nicholson sur le brick anglais le Rodney^ capitaine Hard-Wood, qui reçut en payement cent cinquante tonnes de phormium-tenax et cinquante tonnes de porc salé, descendirent aux îles Chatam avec Tintention de s'y établir. Ils apportèrent des pommes de ten*e et défrichèrent le terrain ; mais, les provisions ayaat manqué avant la récolte, et le poisson étant
malade, ils firent main basse sur les habitants primitifs de l'île, et en dévorèrent plus de deux cents.
Tentes les peuplades australiennes voisines du détroit de Torrès et celles de plusieurs groupes d'îles aux environs de la Nouvelle-Calédonie, remédient à la famine par .ce terrible moyen, et, quand les ennemis vaincus ou à vaincre manquent, ils immolent de» esclaves ou des enfants.
Je pourrais multiplier les exemples ; ceux-là suffiront, je crois.