LA SENSUALITÉ
Il faut l'avouer, à la honte de l'espèce humaine, il y a des cannibales qui, par goût, par plaisir, par sensualité, massacrent de sang-froid l'esclave et l'Européen sans défense, que le naufrage, la curiosité du voyageur, ou la cupidité du trafiquant font tomber entre leurs mains.
Touai, un chef zélandais qui fut conduit à Londres, y résida longtemps et s*y civilisa presque, avouait,
dans ses moments de nostalgie, que ce qu'il regrettait le plus de la patrie absente, c'était le festin de chair humaine, le festin de la victoire i II était las de manger les rosbifs de la vieille Angleterre; il assurait qu'il y avait une grande analogie entre la chair du porc et celle de l'homme, et cette dernière déclaration, il Va faite devant une table somptueusement servie. La chair de femme et d'enfant, voilà ce qu'il y a de plus délicieux pour lui et pour ses compatriotes, tandis que certains Malais préfèrent celle d'unhomme de cinquante ans, et celle d'un noir à celle d'un
blanc.
Ses compatriotes, disait-il, ne mangent jamais la chair crue, et conservent la graisse des fesses pour assaisonner leurs patates.
Marsden raconte que des missionnaires ayant manifesté la crainte d'être mangés, des chefs zélandais répondirent, pour les rassurer, que, s'ils étaient afifamés de chair humaine, ils préféreraient la chair de leurs ennemis des tribus voisines, qui était d'un goût bien plus agréable que celle des Européens, lesquels
ont l'habitude d'user de trop de sel, assaisonnement qui leur déplaît.
Les naturels de la Nouvelle-Zélande témoignèrent à M. Lesson, naturaliste de la corvette la Coquille^ le plaisir qu'ils auraient eu à le goûter. C'est M. Lesson qui, dans la relation de son voyage, a posé cet axiome :
€ Le premier art que l'on doive examiner chez tous les peuples, quelle que soit leur civilisation, est celui de la cuisine. >
Je ne sais plus dans quelle île un chef crut faire un grand honneur: à Dumont d'Urville en lui servant à son repas un jeune enfant rôti dans des feuilles de bananier, comme un perdreau bardé de lard.
Nous retrouverons plus loin de nombreux exemples de sensualité unie à la vengeance et à la religion.
LA VEICGEANGE
Le massacre des Européens mis à mort sans combat, traîtreusement abattus et dévorés, ne devrait jamais avoir eu pour but qu'une horrible cupidité, si
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la conduite des étrangers, arrivant au milieu de ces enfants de la nature, avait toujours été exempte de reproches. Mais, dans la plupart des cas, les barbares ont usé de représailles, et la race civilisée a toujours eu les premiers torts. Il advient aussi parfois que réquipage d'un navire, à peine au mouillage, attire sur lui, sans le savoir, la vengeance destinée à un autre bâtiment qui a été assez heureux pour fuir, surtout quand le pavillon est le même.
Ces peuplades féroces n'oublient jamais, ne pardonnent jamais.
n serait ti^op long de dérouler ici le martyrologe des navigateurs océaniens .
Depuis les quati*e hommes de l'équipage de Tasman qui, les premiers des Européens, tombèrent sous le meré des Zélandais, chaque année, les archipels de rOcéanie sont ensanglantés par de semblables catastrophes, et les navires quêteurs de tripang, d'écaillés de tortue, de phormium, de perles, de bois de sandal, de cachalots y payent fréquemment le tribut du
sang.