II
Les chairs sont toujours mangées crues ou grillées sur le lieu du supplice, et l'usage du vin de palmier et des autres liqueurs fortes est sévèrement interdit dans ces festins judiciaires, auxquels les hommes seuls ont le droit d'assister ; parfois aussi on recueille le sang dans des tiges de bambou.
Les femmes, au mépris de la loi, usent de mille subterfuges, et emploient toutes leurs séductions pour participer en secret à cette horrible curée.
Quelques voyageurs afSrment que les Battas préfèrent la chair humaine à toute autre, mais qu'ils ne s'en repaissent que pendant la guerre et après des condamnations à mort.
D'autres narrateurs les accusent d'immoler, en temps de paix, de soixante à cent individus esclaves par année.
Le christianisme, qui n'a pas encore fait disparaître le cannibalisme de Sumatra, a cependant diminué le nombre des pratiques les plus bar-
Ainsi^ aujourd'hui, les Battas ne mettent plus à
mort leurs parents quand Fâge les a rendus inutiles comme travailleurs ou <;omme guerriers.
Jadis, chaque année, à Tépoque de la maturité des citrons, on voyait des vieillards se soumettre d'euxmêmes au supplice. La famille s'assemblait, la victime, afbissée par Tàge, recueillait toute son énergie, s'élançait vers une branche d'arbre, et y demeurait suspendue par les deux bras jusqu'à ce que, ses forces l'abandonnant, elle tombât sur le sol.
Alors, les enfants et les voisins qui avaient dansé en rond autour d'elle en chantant le refrain : Quand le fruit est wûr, il faut qu'il tombe^ se précipitaient sur elle, l'assommaient, dépeçaient ses membres et dévoraient ses muscles, trempés dans le samboul ou saupoudrés de kafi!
Quand un Anglais offre du thé et du lait à un Battas, souvent le Battas repousse le lait avec mépris et répond :
— Les enfants seuls boivent du lait ; les Battas boivent du sang.
Quelques-uns de ces détails sont empruntés aux
récits de Stamford-RafiBles, ancien gouverneur des établissements anglais de Sumatra, et qui, parmi ses compatriotes, passe pour être un narrateur assez digne de foi.
La plupart des voyageurs assurent que les Malais ne sont plus anthropophages ; mais je me souviens qu'un capitaine baleinier américain, qui me fit cadeau d'une fiole d'huile de Cajeput recueillie àOinbaï, dans l'archipel des Moluques, m'a dit que trois de ses matelots, en 1846, étant descendus furtivement à terre à Ombaï, attirés par des femmes, disparurent, et que, le lendemain, quand il alla à leur recherche, avec tout son équipage armé jusqu'aux dents, il acquit la conviction qu'ils avaient été massacrés et dévorés pendant la nuit; il trouva dans une cabane des lambeaux ensanglantés de leurs vêtements et des ossements frais et nettoyés, comme si des chiens en avaient fait curée, étaient éparpillés autour d'un foyer encore chaud.
Les DayaC'Kayangs^ les Tidouns^ les Badjous^ tribus indépendantes qui vivent dans l'intérieur de la
grande terre de Bornéo, sont encore anthropophages, tandis que les Dayac musulmans et les populations malaises du littoral, qui se livrent à une continuelle piraterie, ont renoncé depuis longtemps au cannibalisme. Seuls, les peuples de l'intérieur mangent leurs prisonniers de guerre, qu'ils offrent en holocauste à la Divinité pom' la remercier de leur avoir accordé la victoire.
Un chef meurt-il, des sacxifices hi^ains ensanglantent les funérailles. L'homme et la femme adultères sont condamnés à mort, comme chez lesBattas. Mais ils peuvent se racheter du supplice en mettant à mort plusieurs de leurs esclaves qu'ils donnent ensuite à dévorer au peuple, en expiation du crime.
Malgré leur cannibalisme, les Badjous du district de Maladou sont les indigènes les plus civilisés de Bornéo.
On prétend que les bohémiens zîngaris qui errent de nos jours dans toutes les contrées de l'Europe, et dont nous voyons souvent les escouades
vagabondes traverser nos campagnes, vivant de