CHAPITRE II
ment que notre départ avait occasionné sur les spectateurs ; je crus qu'étonnés , et peut-être effrayés de ce nouveau spectacle , ils avaient besoin d'être rassurés. Je saluai du bras avec assez peu de succès; mais ayant tiré mon mouchoir, je l'agitai , et je m'aperçus alors d'un grand mouvement dans le jardin de la Muette. Il m'a semblé que les spectateurs qui étaient épare dans cette enceinte se réunissaient en une seule masse , et que, par un mouvement involontaire , elle se portait , pour nous suivre, vers le mur, qu'elle semblait regarder comme le seul obstacle qui nous séparait. C'est dans ce moment que M. Pilfttre me dit :
— Vous ne faites rien , et nous ne montons guère.
— Pardon , lui répondis-je. Je mis une botte de paille ; je remuai un peu le feu , et je me retournai bien vite , mais je ne pus retrouver la Muette. Étonné, je jetai un regard sur le cours de la rivière ; je la suis de l'œil ; enfin, j'aperçois le confluent de l'Oise. Voilà donc Conflans; et nommant les autres principaux coudes de la rivière par le nom des lieux les plus voisins, je dis Poissy, Saint-Germain, Saint-Denis, Sèvres, donc je suis encore à Passy ou à Cbaillot; en effet, je regardai par l'intérieur de la machine et j'aperçus sous moi la Visitation de Chaillot. M. Pilâtre me dit en ce moment : Voilà la rivière et nous baissons.
— Eh bient mon cher ami , du feu.
Et nous travaillâmes. Mais, au lieu de traverser la rivière comme semblait l'indiquer notre direction qui nous portait sur les Invalides, nous longeâmes l'île des Cygnes; nous rentrâmes sur le principal lit de la rivière , et nous la remontâmes jusqu'au-dessus de la barrière de la Conférence. Je dis à mon brave compagnon :
— Voilà une rivière qui est bien difficile à traverser.
— Je le crois bien, me répondit-il, vous ne faites rien.
— C'est que je ne suis pas si fort que vous , et que nous sommes bien.
Je remuai le réchaud , je saisis avec une fourche ma botte de paille , qui , sans doute trop serrée, prenait difficilement ; je la levai , la secouai au milieu de la flamme. L'instant d'après, je me sentis enlever comme par-dessous les aisselles , et je dis à mon cher compagnon :
— Pour cette fois , nous montons.
— Oui, nous montons, me répondit- il, sorti de Tintérieur sans doute pour faire quelques observations.
Dans cet instant , j'entendis , vers le haut de la machine, un bruit qui me fit craindre qu'elle n'eût crevé. Je regardai, et je ne vis rien. Comme j'avais les yeux fixés au haut de la machine, j'éprouvai une secousse, et c'était alors la seule que j'eusse ressentie.
La direction du mouvement était du haut en bas.
Je dis alors :
— Que faites-vous? Est-ce que vous dansez ?
— Je ne bouge pas.
— Tant mieux , dis-je ; c'est enfin un nouveau courant qui , j'espère , nous sortira de la rivière.
En effet, je me tourne pour voir où nous étions, et je me trouvai entre l'École-Militaire et les Invalides, que nous avions déjà dépassés d'environ 400 toises. M. Pilâtre me dit en môme temps :
— Nous sommes en plaine.
— Oui , lui dis-je , nous cheminons.
— Travaillons , me dit-il , travaillons. j J'entendis un nouveau bruit dans la machine , que je
crus produit par la rupture d'une corde.
Ce nouvel avertissement me fit examiner avec attention
l'intérieur de notre habitation. Je vis que la partie qui était