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CHAPITRE XVI

En effet, une assez violente secousse nous l avait bien fait sentir.

Tu te trompes de corde, sacré animal, dit Eugène.

Et à l'instant, Louis, M. de Nicolay et moi, nous attrapons la véritable corde et nous ouvrons la soupape. . Quelques secondes après, un craquement épouvantable nous annonça que nous touchions le sommet d'un arbre, et nous nous trouvâmes entourés de feuilles jusque pardessus la tête ; nous venions d'écraser le sommet d'un peuplier, —puis le ballon se releva et nous retombâmes heurtant violemment la terre. Pendant une dizaine de minutes, nous fîmes cette singulière promenade, ébranchant les arbres en montant et en descendant, jusqu'à ce qu'enfin, un choc d'une extrême violence nous renversa presque entièrement.

— Faut-il descendre? disait M. de Nicolay, qui, plein de présence d'esprit , s'attendait à un sauve-qui-peut général.

Heureusement qu'à cet instant je lui servais de couvercle, car il aurait été brisé comme une coquille d'œuf, et nous, nous aurions été réenlevés à tous les diables. Pendant cette espèce de valse infernale, nous ne lâchions pas la corde de la soupape, et le ballon perdait de plus en plus de sa force ascensionnelle.

—Ma main brûle, crie M. Mazen, qui avait courageusement saisi la corde de l'ancre qu'il sentait filer entre ses doigts.

— J'aimerais mieux que mon ballon soit déchiré en deux,

criait Godard.

— Tous au fondl laissez la nacelle recevoir les coups,

et tenez-vous bien aux cordes.

Enfin, un gros tronc d'arbre fut saisi à bras le corps par M. de Nicolay. Eugène Godard passe une corde autour,

Louis saute lestement et nous amarre avec un autre câble; nous étions sauvés, grâce à l'excessive solidité de la nacelle; mais le ballon, chassé par l'ouragan, battait les arbres avec force*

— Mon pauvre ballon 1 mon pauvre ballon ! disait le courageux aéronaute, qui voyait son unique gagne-pain et celui de sa famille en proie à une absurde tempête qui semblait avoir juré de le mettre en pièces.

Nous sautâmes tous hors de la nacelle pour secourir l'aérostat, et , en nous cramponnant vigoureusement au filet, nous finîmes, au bout d'environ deux heures, par le coucher contre terre et le vider entièrement.

Quand on put constater les avaries, on découvrit que la nacelle avait résisté, mais que deux ou trois barres de fer étaient cassées en morceaux. Le superbe et triomphai baromètre formait, dans son étui de cuir, une agréable bouillie de verre, de cuivre et de mercure. Quant au ballon lui-même, nos prévisions s'étaient parfaitement réalisées : nn seul des carrés formés par les coutures et les bandes de rubans de fil avait été enfoncé par le sommet d'un peuplier, et plutôt que de céder, il l'avait brisé et emporté avec lui, de sorte que nous eûmes à retirer des flancs du monstrueux aérostat, une grosse pièce de bois feuillue dont nous nous sommes partagé les débris en commémoration de cette curieuse descente.

Un naturel du pays était accouru à notre secours, et s'était fait déchirer le nez en saisissant la corde de l'ancre qui l'avait traîné à travers les broussailles. Des dialogues dans le genre suivant s'établirent alors entre nous et lui :

— Où sommes-nous?

Pas de réponse.

— Belgique ?

— Oui, ia.

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