CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
DERNIÈRES EXPÉRIENCES DE DIRECTION. — M. JULLIEN — TRISTE FIN DE LA VILLB-DE-PÀRI8.
Nous étions décidés à terminer là ce petit livre, et à ne rendre compte des projets contemporains qu'après leur mise à exécution , quand un appel fait à la presse nous a rendus témoins, à l'Hippodrome, d'un fait incomplet sans doute, mais qui nous a confirmés de plu9 en plus dans l'opinion où nous sommes que tôt ou tard il s'établira une locomotion atmosphérique pratique.
Nous le répétons encore une fois, c'est une grave erreur de vouloir demander de suite à l'aérostation la précision inouïe des steamers et des locomotives, et nous croyons qu'il faut d'abord expérimenter certaines déviations avant de prétendre naviguer régulièrement dans les airs en tout temps et par tous les vents. L'appareil de M, Jullien , à peu près semblable à un certain nombre d'autres machines déjà essayées, a pour n*us l'avantage d'une simplicité extrême, et il a dépassé nos espérances, surtout dans la première expérience, qui eut lieu le 6 novembre 4850, à 3 heures, en présence des représentants de la presse parisienne. Voici dans quels termes M. Pierre Bernard, notre savant et spirituel confrère du Siècle, annonçait le résultat de cette expérience :
« Le fait d'abord ! Aujourd'hui 6 novembre, un aérostat, d'une forme excessivement simple et toute vivace, a navi- " gué dans le vent, contre le vent, selon la fantaisie de son
inventeur, M..., et les indications de notre maître à tous : le public. »
Maintenant que nous nous sommes appuyés de cette affirmation si nette et si positive, qu'il nous soit permis de retracer ici les termes dont nous nous sommes servis pour rendre compte, dans la Presse, de ce que nous avions vu.
« A trois heures et demie , en présence de MM. Émile de Girardin, Louis Perrée, de Fiennes, Bernard, etc., M. Jullien a apporté, d'abord dans le manège, puis dans l'amphithéâtre de l'Hippodrome, un petit aérostat, long de sept mètres, de forme oblongue, et ayant monté un mécanisme bien simple, de son invention, il a abandonné l'appareil, qui s'est dirigé rapidement dans le sens désigné antérieurement.
Dans le manège, il n'y avait pas de courant d'air, la chose paraissait fort simple; mais une fois dans l'amphithéâtre, notre étonnement fut au comble lorsque nous vîmes l'expérience se reproduire, malgré un vent sud-ouest fort marqué. L'aérostat se dirigea directement contre le vent. On recommença en divers sens , et toujours l'expérience réussit.
On a tant de fois répété qu'il était impossible d'arriver à un tel résultat , qu'on se regardait les uns les autres sans vouloir absolument croire au spectacle que l'on avait sous les yeux , et qu'il a fallu recommencer plusieurs fois ces manœuvres pour nous convaincre du fait.
Les essais de mouvement circulaire ont été tentés, mais l'enceinte était trop restreinte, et l'on ne pouvait agir que par le gouvernail. Cependant plusieurs de ces tentatives ont réussi. C'est, du reste, l'appareil le plus simple du monde : — Une sorte de poisson cylindre à grosse tête, en baudruche, et cerclé par un équateur en bois auquel vient s'attacher un filet supérieur.