‹ Les ballonsChapitre 108 sur 110 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

cbèrent pas de poursuivre opiniàtrément son idée , en refusant tous les secours que la charité du chef de la commune lui offrait sur les fonds affectés à cet usage.

Le voici arrivé maintenant au bout de ses ressources, et si son associé, M. Arnault, ne s'attache pas énergiquement à poursuivre le travail commencé , l'œuvre périra comme tânt d'autres , qui sont venues se briser en arrivant au port.

; Espérons qu'il n>n sera pas ainsi , et que le modèle de quarante-cinq pieds que l'on va faire à l'Hippodrome donnera des résultats assez sa tisfaisants pour que l'on puisse se mettre de suite au grand ballon pouvant transporter deux personnes, et que M. Arnault est décidé à faire construire.

Pourquoi un gouvernement intelligent ne ferait-il pas les fonds d'une telle entreprise? M. de Calonne, sous Louis XVI, donnait bien 450,000 francs à Pilâtre de Rozier : une dizaine de mille francs suffiraient aujourd'hui.

Au moment de mettre sous presse, une déplorable nouvelle vient nous causer une profonde tristesse. La Villedc-Paris, ce noble et gigantesque aérostat avec lequel nous avions fait notre grand voyage de Belgique , vient d'être détruit à Marseille par un incendie dont on ne connaît pas encore la cause. Voici dans quels termes le Nouvelliste de Marseille rend compte de ce terrible malheur, qui atteint si cruellement une pauvre et courageuse famille :

« Une foule considérable occupait hier l'enceinte d'où le ballon de M. Godard devait s'élever dans les airs. La promenade du Prado était également remplie d'une affluenee inouïe de curieux attendant le départ de l'aérostat. Le temps était magnifique, mais un léger mistral se faisait sentir; aussi quand la Ville-de-Paris est montée majestueu-

sèment balancée sur la tète des nombreux spectateurs, elle a pris la direction de la mer et s'y portait avec une telle rapidité que, malgré les instances des autres voyageurs, au nombre de quatre, M. Godard a voulu opérer une descente, qui s'est heureusement effectuée dans la campagne de M. Peyssel, non loin de Sainte-Marguerite. Il était alors 4 heures et 5 minutes. On s'est décidé néanmoins à faire une nouvelle ascension, et l'on s'est de nouveau pourvu de lest pour remonter et aller retomber derrière les collines de la Gineste.

Ces opérations terminées , on a essayé de monter ; mais le ballon, qui avait perdu beaucoup de gaz, n'a pu s'élever, même après avoir rejeté le lest, et il a fallu que deux des voyageurs consentissent à ne pas prendre part à l'ascension. En conséquence , madame Deschamps et M. Laugier sont restés à terre. M. Laugier, dans cette circonstance, ayant bien voulu se retirer eu faveur de M. Crémienx, qui devait s'absenter et n'aurait pu prendre part à l'ascension projetée pour dimanche.

Ainsi allégé, l'aérostat s'éleva lentement, emportant MM. Godard , Deschamps et Crémieux ; il était alors cinq heures. On l'a vu suivre la même direction qu'auparavant et se perdre derrière les collines de Cassis. M. Godard se voyant en face de la mer, vers laquelle le vent le poussait rapidement, fit les préparatifs de descente. On jeta d'abord une longue corde, dont l'effet est de ralentir la marche de l'aérostat par le frottement, en traînant sur la terre. On lâcha du gaz et l'on jeta l'ancre en même temps.

On se trouvait , en ce moment , à une élévation de cent mètres ; le vent soufflait avec force au milieu des montagnes, et l'ancre, qui ne put mordre aucune part dans une contrée dépouillée d'arbres et tout à fait aride, courait avec bruit sur les rochers, faisant jaillir une traînée d'étincelles.

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