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CHAPITRE III

11 publia quelques observations pleines d'intérêt, surtout à l'époque où il se trouvait (au moment de sa seconde ascension au-dessus de la prairie de Nesle). Etant monté rapidement, le baromètre baissa subitement de 28 pouces 4 lignes à 48 pouces 40 lignes, ce que les savants du temps évaluèrent à 4 ,524 toises. De son côté, le thermomètre, qui marquait à terre 7 degrés 4/2 au-dessus de 0, est descendu dans cet intervalle à 5 degrés au-dessous de 0 ; en sorte qu'en dix minutes il a passé de la température du printemps à celle de l'hiver. Cette transition presque subite de douze degrés ne lui a fait éprouver d'autre sensation que celle d'un froid sec, mais très-supportable,

La renommée continua à le poursuivre de ses clameurs. Tout le monde demandait pour lui et pour M. Robert les honneurs les plus grands. Un poète , impatienté des projets de récompenses que chacun faisait, rima le quatrain suivant :

Vraiment chacun s'embarrasse D'honorer Charle en ces lieux; Sans nous il a marqué sa place Entre les hommes et les dieux.

Que Ton nous pardonne de citer sans cesse des quatrains ; mais, dans ce temps singulier où bouillait déjà sourdement la fièvre révolutionnaire, c'était la forme que prenait la pensée pour se produire au grand jour. Un autre quatrain indique bien l'esprit de la nation entière, et le vrai motif qui enthousiasmait tant ce peuple de France, le voici :

Les Anglais , nation trop fière , S'arrogent l'empire dei mers; Les Français, nation légère , S'emparent de celui des airs.

Ce qui flattait surtout la nation, dit le Jmmal rf'tm Oh-

sénateur, hélait de précéder les Anglais, cette nation rivale en tout, dans les sciences comme dans la guerre, et de la précéder dans ce qui paraissait alors avoir une immense portée, un avenir aussi fructueux eorome résultats matériels, que glorieux dans le mode de procéder.

Les récompenses académiques ne leur manquèrent pas non plus. L'Assemblée, dans sa séance du 9 décembre, sous la présidence de M. Saron, décerna le titre d'associé surnuméraire à MM. Montgolfier, Charles, Robert, Pilâtre de Rozier, et au marquis d'Arlandes.

t C'est à quoi, dit le journal que nous avons déjà tant cité, et que nous citerons encore bien souvent, se réduisent, jusqu'à présent, tous les honneurs et toutes les récompenses accordés à des hommes qui, après avoir offert à la nation le plus beau spectacle de l'univers, après avoir entraîné à leur suite les plus grands seigneurs, les princes du sang, les voyant planer avec admiration audessus de leur tête et ne pouvant égaler leur marche sur leurs rapides coursiers, sont revenus mesquinement à Paris par la diligence, le lendemain de leur triomphe : personne de ces illustres enthousiastes n'a daigné leur envoyer un équipage pour les ramener. »

Mais ces paroles du journaliste ne furent pas perdues. L'opinion publique força le gouvernement à se montrer généreux, et le 22 décembre on put écrire ceci : j

a Les grâces pleuvent enfin sur l'inventeur de la machine aérostatique, sur les coopérateurs et sur les voyageurs. M. Montgolfier a eu des lettres de noblesse pour son père, et le cordon de Saint-Michel pour lui. M. Charles a eu une pension de 2,000 livres, M. Robert une de cent pistoles. On avait aussi décerné une pension de \ ,000 livres à M. de Rozier, mais il l'a trouvée trop modique. Il est allé faire des représentations à M. de Galonné, et il a

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