‹ Les ballonsChapitre 17 sur 110 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

portés à une lieue environ de la ville, sans le moindre accident. Aucun éloge ne peut être plus beau que cette simple énonciation, aucun blâme ne peut en détruire la force; cependant nous donnons quelques extraits de deux lettres, Tune de M. Ma thon de Lacour, directeur de l'Académie des sciences de Lyon, l'autre tirée du Journal d'un Observateur, qui permettent de juger à quel point les mêmes faits peuvent se traduire de façon différente.

« Dès que l'expérience du Champ-de-Mars du 28 août, dit M. Mathon de Lacour, et celle de Versailles, du 4 9 septembre, furent connues ici, les principaux citoyens de cette ville se proposèrent de les répéter, au moyen d'une souscription, à l'arrivée de M. Montgolfier l'ainé. Vers la fin de septembre, M. Flesselles, notre intendant, toujours zélé pour ce qui peut contribuer au bien de la province ou au progrès des sciences et des arts, s'empressa de réunir des souscripteurs. A cette époque , personne encore n'avait tenté de s'élever dans les airs à l'aide de cette machine. Aussi n'était-ce point le but de l'expérience que se proposait M. Montgolfier : son prospectus n'annonçait qu'une machine d'un plus grand volume que celles qui avaient été faites, qui s'élèverait à plusieurs centaines de toises, et pèserait huit milliers, avec un cheval, ou tels autres animaux qu'on y suspendrait. La souscription était fixée à 4 2 livres, et l'on ne demandait que 360 souscripteurs. »

D'après ces conditions, M. Montgolfier fit commencer aussitôt son ballon, de 426 pieds de hauteur sur 460 pieds de diamètre en largeur, composé de deux toiles d'étoupes, entre lesquelles on piqua trois feuilles de papier froissé ; d'intervalle en intervalle, des rubans de fil, et ensuite des cordes, donnaient plus de consistance à cet assemblage; les raisons d'économie auraient fait préférer

des toiles grossières à huit sous l'aune, qui rendraient nécessairement le ballon un peu lourd; mais dans les vues que M. Montgolfier avait alors, pourvu qu'il atteignit le poids de huit milliers qu'il avait annoncé, il lui paraissait indifférent que ce fût par le poids du ballon luimême ou par son lest.

Les travaux étaient fort avancés lorsque l'intrépide M. Pilàtre de Rozier, après s'être élevé plusieurs fois dans des ballons retenus par des cordes, partit de la Muette à ballon perdu, le 21 novembre, et, traversant le premier les airs avec M. le marquis d'Arlandes, fit plus de deux lieues en vingt ou vingt-cinq minutes. Aussitôt, M. le comte de Laurencin, chevalier de Saint-Louis, associé de l'Académie de Lyon, demanda avec instances à M. de Montgolfier à monter dans son ballon. M. de Montgolfier le lui promit et fut charmé de trouver une occasion qui l'autorisât à y monter lui-même. Trente à quarante personnes se firent inscrire pour être du nombre des voyageurs. Le 26 décembre, M. Pilàtre de Rozier, M. le comte de Dampierre et M. le comte de La Porte arrivèrent à Lyon, avec le même projet. Le prince Charles, fils aîné du prince de Ligne, arriva aussi, et on ne put lui refuser de monter dans ce ballon, pour lequel le prince son père avait pris cent souscriptions.

Mais tandis que les papiers publics parlaient de voyages chimériques à Avignon, à Marseille ou à Paris, il est impossible de peindre le chagrin de M. Piiâ re de Rozier lorsqu'il vit que ce ballon immense était peu propre à porter des voyageurs, et, dans l'origine, n'avait pas été destiné pour cela. Il proposa à M. de Montgolfier de faire la calotte supérieure en toile de coton, et de l'entourer d'un filet. M. de Montgolfier adopta toutes ses idées avec la déférence et la modestie qui accompagnent ordinairement

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