CHAPITRE IV
le génie et sont peut-être nécessaires pour le faire pardonner.
Le 7 janvier, toutes les pièces qui devaient former le ballon furent portées sur l'estrade qui lui était destinée dans les champs, hors de la ville, appelés les Brotteaux. On travailla à les monter le 8 et le 9. Le dépàrt avait été annoncé pour le 40. Ce jour-là, à cinq heures et demie du matin, on essaya de gonfler le ballon ; il le fut en vingt minutes, et Ton parvint à faire passer la galerie au-dessous; à six heures, des boîtes tirées par méprise Brent croire au public que la grande expérience aurait lieu. La matinée entière fut employée en préparatifs. M. Pilâtre de Bozier volait d'un côté et d'autre sur l'estrade, avec la légèreté d'un sylphe, une ardeur et Une adresse plus qu'humaines. Entre midi et une heure, le ballon fut gonflé en 27 minutes , un développement si prompt surprit les physiciens, et paraissait d'un bon augure ; on tenta d'attacher à la galerie les cordes qui devaient la porter; mais le bruit que faisait le peuple ne permit pas aux travailleurs de s'entendre un seul moment.
Lundi 42, l'opération d'attacher des cordes fut tentée avec plus de succès ; on parvint à en attacher quatre, mais il en fallait plus de quatre-vingts. Pendant l'opération, une botte de paille imbibée ayant été jetée dans le réchaud, toute la machine fut enlevée à trois pieds de hauteur et portée à quinze pieds plus loin, malgré les efforts de cinquante à soixante personnes qui la retenaient.
Les manœuvres nécessaires pour plier et déplier l'immensité de ce globe demandaient beaucoup de précautions et de temps, et, malgré tout cela, les toiles d'étoupes en souffraient beaucoup; le 13 et le 44 furent employés à en réparer les traces.
Jeudi 45, on alluma le feu à 2 heures 45 minutes. Le
Digit
ballon fut parfaitement gonflé en M minutes, et les cordes attachées à la galerie en une heure. On observa que, pour maintenir le ballon enflé, on ne consommait par minute que cinq livres pesant de fagots de bois d'aune.
A quatre heures, la galerie étant chargée de six personnes et de 32 quintaux de lest, toute la machine fut enlevée d'un pied, malgré ceux qui la retenaient.
Les voyageurs voulaient partir, mais la nuit qui s'approchait les obligea de renvoyer leur départ au lendemain ; le feu étant éteint, il fallut 27 minutes pour désenfler le ballon.
Dans la nuit du jeudi au vendredi, la pluie, la gelée, le verglas désolèrent tous ceux qui s'intéressaient à l'expérience. Le vendredi matin, lorsqu'on voulut gonfler le globe, la machine étant appesantie par l'humidité, on força imprudemment le feu pour la soulever, sans prévoir que l'humidité raréfiée et réduite en vapeur par une chaleur si considérable corroderait les toiles et les disposerait à s'enflammer. Ce malheur arriva, le feu prit à la calotte ; mais en une minute les pompes, qu'on avait eu la précaution de placer sous Pestrade, réteignirent.
Le découragement général ne fit que redoubler l'ardeur de M. Montgolfier et de ses coopérateurs. Le temps paraissait disposé à la neige ; plusieurs citoyens envoyèrent à l'envi des toiles cirées et des toiles grasses pour couvrir la machine. On enleva une portion de la calotte supérieure, de 50 pieds de diamètre; elle fut refaite à neuf dans la nuit et reposée le samedi à trois heures, dans l'espérance qu'on pourrait partir le lendemain. Pendant la nuit et toute la journée du dimanche, il tomba beaucoup de neige ; les voyageurs frémissaient d'impatience. M. de S... envoya à M. le comte de Laurencin ces vers :