CHAPITRE IV
Fiers assiégeants du séjour du tonnerre, Calmez votre colère.
Eh ! ne ▼oyez-vous pas que Jupiter, tremblant, Vous demande la paix par son pavillon blanc î
M. de Laurencin répondit gaiement que ses compagnons et lui étaient chargés d'aller prendre les articles de la capitulation.
Enfin, lundi 49, jour de l'expérience, on fit de grand matin du feu de charbon sous l'estrade, pour faire sécher la machine; on profita de la leçon du vendredi : on pressa le feu modérément, et on mit plus de deux heures à gonfler le ballon. Il paraissait criblé de trous. Depuis plusieurs jours, les amis de M. Pilâtre faisaient tous leurs efforts pour l'empêcher de monter dans ce ballon et pour en détourner les autres voyageurs, la machine n'étant faite que pour enlever des fardeaux et ayant été fatiguée depuis par les manœuvres des expériences, par la gelée, la neige, la pluie et le feu. Il était évident qu'elle ne pouvait promettre qu'un trajet médiocre avec un trèsgrand danger. Le filet ayant été endommagé par le feu du vendredi, on l'avait remplacé par 46 cordes, qui ne pesant pas également sur tous les points du globe, n'étaient pas si propres à en prévenir les déchirures ; mais rien ne put décourager M. Pilâtre et ses intrépides compagnons. On avait préparé dans la galerie six places pour les voyageurs.
Dès que le ballon fut enflé, le prince Charles et les comtes de Laurencin, de Dampierre et de La Porte s'y jetèrent. Ils étaient tous armés, et bien décidés à ne céder leur place à qui que ce soit; M. Pilâtre, qui désirait se procurer du moins une très-forte ascension, proposa de réduire le nombre de voyageurs à trois , et de tirer au sort. Personne ne voulut descendre. Ce débat s'animait;
les quatre voyageurs, placés dans la galerie, criaient de couper les cordes. M. l'intendant, à qui on eut recours, frappé de leur résolution et de leur courage, pensa qu'il convenait de les satisfaire, en faisant quelques sacrifices sur l'ascension et le voyage projetés. A l'instant on coupa les cordes, et MM. de Montgolfier et Pilàtre de Rozier se jetèrent dans la galerie; M. Fontaine, qui avait eu beaucoup de part dans la construction de la machine, s'y jeta aussi au moment du départ de la machine, quoiqu'il ne fût pas inscrit pour être du voyage; on lui pardonna ce transport subit en faveur de ses services et de son zèle.
En partant, la machine tourna au sud-ouest, baissa un peu, et renversa deux pieux de la contre-enceiute extérieure. Une corde qui traînait à terre semblait retarder son ascension. Une personne intelligente l'ayant coupée d'urt coup de hache, la machine commença à s'élever ; à une certaine hauteur, elle tourna au nord-est. Le vent était faible et la marche lente ; mais on ne saurait peindre l'effet imposant de ce spectacle : cette machine immense s élevarit dans les airs comme en triomphe, près de cent millë spëritaïéurs émus et transportés, qui battaient des mains ou tendaient les bras vers le ciel, des femmes qui se trouvaient mal, d'autres qui versaient des larmes, des hommes qui agitaient leurs mouchoirs ou jetaient leurs chapeaux eh l'air, en poussant des cris de joie.
La forme de la machine était celle d'un globe soutenu par le bas d'Un cône rënversé et tronqué qui portait la galerie. La calotte supérieure était blanche, le reste grisâtre, &t le cône composé de bandes de laine de différentes couleurs. Aux deux côtés du globe, on avait attaché des médaillons, dont l'un représentait l'histoire et l'autre la renommée.
Dans un tei?son, on lisait en lettres d'or ces vers :