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CHAPITRÉ IV

Un espace infini nous séparait des deux ;

Mais grâce aux Montgolfier, que le génie inspire.

L'aigle de Jupiter a perdu son empire,

Et le faible mortel peut s'approcher des dieux.

On comprendra facilement l'enthousiasme qui dut éclater à la vue de cette énorme machine, en se rappelant qu'elle avait <26 pieds de haut sur 400 de diamètre, ce qui donnait à sa voûte à peu près l'étendue de là Halleau-Blé, comme le fait remarquer M. Dupuis-Defcourt. Le pavillon portait les armes de M. l'intendant, et au-dessous ces mots : Le Flesselles. M me l'intendante, conduite par M. de Montgolfier, avait attaché elle-même ce pavillon, et avait été déclarée la marraine du ballon.

La hauteur à laquelle ce globe s'éleva n'est pas encore bien connue, on l'estime de 400 à 500 toises ; les voyageurs observèrent qu'ils ne consommaient pas, dans les airs, le quart des combustibles qu'ils consommaient étant à terre; ils étaient très-gais, et en supputant la quantité de leurs combustibles, ils avaient l'espoir de voyager jusqu'à la nuit. Ils voulurent forcer le feu pour se procurer une ascension plus rapide : alors il ee fit une ouverture verticale de quatre pieds et demi près de la nouvelle calotte, dans l'endroit où les toiles avaient été endommagées par le feu du vendredi précédent, et la machine alla descendre, après quinze minutes de marche, dans un pré, derrière la maison de M. Morand, architecte. La descente se fit en deux ou trois minutes. Cependant le choc de l'arrivée fut supportable. On observa que, dès que la machine eut touché terre, toutes les toiles furent abattues ou repliées en deux ou trois secondes, ce qui semblerait confirmer l'opinion de M. Montgolfier, qui regarde l'électricité comme la principale cause de l'ascension des aéronautes.

Les voyageurs furent dégagés sans accident et ramenés vers la ville avec des transports et des applaudissements universels. Si cette expérience n'a pas eu tout le succès qu'on semblait désirer, on a cependant, malgré tous les contre-temps possibles, fait bien plus qu'on n'avait promis aux souscripteurs. Au lieu de huit milliers, la machine, avec son lest en pesait environ quatorze. Elle est montée à une grande hauteur, et portait sept hommes. Le prince Charles de Ligne est le premier étranger qui ait osé monter ainsi dans les airs, et l'Académie de Lyon a eu la gloire d'avoir trois de ses associés au nombre des voyageurs.

Ce qui fait encore plus d'honneur à notre ville, et surtout à ceux qui président à l'ordre public, c'est que, malgré le concours du peuple et l'empressement général qui allait jusqu'à l'ivresse, il n'est pas arrivé le moindre accident.

Le même jour on devait donner l'opéra d'Iphigénie en Aulide, le public s'y porta en foule dans l'espérance d'y voir les voyageurs aériens. Le spectacle était commencé, lorsque M. et M me de Flesselles entrèrent dans leur loge, accompagnés de MM. Montgol6er et Pilàtre de Rozier. Les applaudissements et les cris se firent entendre dans toute la salle; les autres voyageurs furent reçus avec le même transport. Le parterre cria de recommencer le spectacle, et l'on baissa la toile; quelques moments après, la toile fut levée, et l'acteur qui remplissait le rôle d'Agamemnon s'avança avec des couronnes que M me l'intendante distribua elle-même aux illustres voyageurs. M. Pilâtre de Rozier posa celle qu'il avait reçue sur la tête de M. de Montgolfier, et le prince Charles posa aussi celle qu'on lui avait offerte sur la tête de M mc de Montgolfier. L'acteur qui était rentré dans sa tente, en sortit pour chanter un couplet qui

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