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CHAPITRE IV

très-solide et très-légère de soixante-six pieds sur quatre de large. Il y avait une espèce de corridor servant de communication à tous les voyageurs. Le feu ne devait être alimenté que par du bois, et, quoique la machine fût construite en toile, en coton, en papier et en laine, on se flattait d'avoir prévenu tous les accidents du feu. On prétendait , en outre, que celte machine ne coûterait pas la moitié de celle de M. Charles, et serait remplie en quinze minutes.

Le sieur Pilaire avait fait construire par le sieur Castel-Nuovo , neuf thermomètres de comparaison , trois baromètres suivant la méthode de M. Changeur, et M. de Saussure était venu exprès de Genève à Lyon avec deux hygromètres de son invention. Les porte-voix , les bombes, les lunettes et tous les préparatifs annonçaient des projets d'expériences détaillées et fort intéressantes. Des dames demandaient en grâce d'être choisies pour matelots. Du reste, un concours immense de spectateurs. M. de Fiesselles avait tous les jours une table décent maîtres, et cela lui a coûté énormément; aussi l'on dit que M. de Calonnes lui a fait une pension considérable. »

Après avoir donné quelques détails de l'ascension , qui se rapportent assez bien à ceux de M. Mathon de Lacour, l'auteur de la lettre continue :

a Vous voyez qu'à l'appareil près celte expérience est moins que rien aujourd'hui , et ne vaut pas même celle de la Muette. Bien des gens estiment que la difficulté ridicule élevée par le sieur Pilàtre, au moment du départ, n'était qu'une tournure concertée avec M. de Flesselles , pour ménager Tamour-propre de ce navigateur, qui semblait devoir aller jusqu'à Paris dans le char aérien. Ainsi , je ne m'en dédis pas encore :

C'est une expérience ratée relativement à l'importance qu'on y avait mise. »

Digit

L'opinion générale était pour les mécontents. On chansonna les voyageurs, on chansonna l'aérostat lui-même. On trouve dans le Journal d'un Observateur la phrase suivante : Les rieurs continuent à s'égayer sur la machine aérostatique de Lyon, annoncée avec tant d'emphase , et qui a eu si peu de succès. Elle a donné lieu à l'épigramme suivante , marquée au coin de la naïveté :

Vous venez de Lyon ; parlez-nous sans mystère : Le Globe est-il parti! Le fait est-il certain t

— Je l'ai vu. — Dites-nous : allait-U bien grand train 1

— S'il allait,... Oh! monsieur, il allait ventre à terre.

Et le Journal de Paris , organe habituel des aéronautes de ce temps-là , donne une simple et courte analyse de l'ascension qu'il avait annoncée avec beaucoup de pompe quelque temps auparavant. Il serait donc à peu près certain que l'opinion contemporaine ne fut pas juste à l'égard du Flesselles. Pour nous, qui voyons de nos jours tant de difficultés pour enlever quatre ou cinq personnes, nous admirons sincèrement ces gens qui , avec quelques bottes de paille et un peu d'alcool , s'enlevèrent sept dans une machine trouée et rapiécée, par un froid glacial, accompagné de neige. Certes , il y a là quelque chose de sérieusement admirable , et nous ne pouvons que répéter avec un poète du temps ces vers, un peu prétentieux :

Élevez-vous, audacieux mortels, Dans la plaine des airs, sur l'aile de la gloire; C'est à vous seuls d'aller au temple de mémoire

Inscrire vos noms immortels.

Quatrième voyage aérien. — Don Paul âmdnami

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