‹ Les ballonsChapitre 24 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pliqués, qui doivent exécuter une promesse impossible, deviennent inutiles ou dangereux. Si Ton voulait bien penser à ce que durent être les premiers essais de la navigation aquatique, on serait peut-être moins exigeant.

Que Ton se figure le premier homme à cheval sur un tronc d'arbre; remohtait-il le courant de là rivière avec une vitesse de cinq lieues â l'heure, comme le font nos steamers modernes? et quand il Pavait descendue emporté par le courant, revenait-il facilement à l'endroit d'où il était parti? Nous en doutons. Qu'il nous soit donc permte de répéter avec Guyton , dans le compte-rendu qu'il fit à l'Académie de Dijon de son aérostat, ces paroles pleines de sens :

Est-il possible de diriger les aérostats? — Pour rte pas agiter cette question d'une manière vague et sans fruit, il faut savoir ce que l'on doit entendre par diriger. N'aurat-on trouvé véritablement la direction que quand on aura la faculté de se porter d'un lieu donné à un autre, en tout temps, à tout vent, et malgré les tempêtes; de revenir* encore au point de départ par le même vent, ou plutôt contre l'obstacle direct qu'il opposerait. C'est ainsi qu'en parlent plusieurs personnes, qui exigent d'un art au berceau un degré de perfection auquel des siècles d'expérience et de pratique suivie n'ont encore pu porter la navigation maritime, ou, pour mieux dire, qui fondent sur l'impossibilité évidente d'atteindre ce but, une objection illimitée contre toutes les recherches dë ce genre, comme s'il s'agissait de la quadrature du cercle ou du mouvement per* péluel.

L'absurdité de ce raisonnement n'a pas besoin d'êtrë démontrée. On n'a pas encore pensé à abandonner la facilité des transports par mer, parce qu'on est forcé d'attendre des vents favorables pour sortir des ports > parce que les

tempêtes obligent souvent les navires de céder à la puissance qui les écarte de leur route , ou de chercher un asile en relâchant loin de leur destination. 11 n'est donc pas déraisonnable de s'occuper des moyens de se servir des machines aérostatiques, comme on se sert des vaisseaux , et dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire en profitant des vents favorables, en relâchant quand ils seraient contraires. On aura déjà (ait assez pour la gloire de l'invention et pour l'utilité qu'elle promet, si le succès d'un voyageur annoncé pour une destination fixe n'est réellement subordonné qu'à ces conditions ; et , si Ton parvient une seule fois, que ne doit-on pas attendre du temps? Le génie ouvre la main pour laisser tomber un germe, et l'industrie mène à sa suite mille bras occupés de générations en générations à en perfectionner les fruits.

Franklin l'a dit : « C'est l'enfant qui vient de naître. » On a trouvé qu'il ne marchait pas vite ! Eh I mon Dieu ! commencez-vous par faire danser le menuet à une petite créature à laquelle vous apprenez l'usage de ses jambes? Vous avez trop demandé au nouveau-né, et il n'a pu seulement soulever ses langes. Et puis, quand on veut qu'un enfant marche, il faut le nourrir avec soin , il faut lui prodiguer les attentions les plus délicates, les encouragements, les récompenses. L'avez- vous fait? Non, vous avez refusé votre obole au génie qui le tenait par la main pour guider ses premiers essais, vous avez souri de dédain à ses premiers pas chancelants; votre avarice l'avait fait s'étioler par la faim, votre rire l'a tué ou peu s'en faut. Cet enfant que Franklin bénissait de son regard a été si maltraité par la science, sa mère, que maintenant, fuyant son sein qu'elle lui refusait, il s'est fait saltimbanque pour ne pas mourir tout à fait.

Quoi qu'il en soit, racontons les premiers efforts si dignes

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