CHAPITRE V
d'intérêt et de bienveillance, et qui n'ont trouvé le plus souvent qu'injures et moqueries. Le premier de tous les prétendus rêveurs qui essayèrent de se diriger dans l'air, est Blanchard, dont le nom est devenu plus célèbre par les pamphlets dont il fut la victime, que par les longs et persistants travaux auxquels il livra sa vie, que par son courage, qui souvent fut sublime au milieu des plus grands dangers.
A peu de distance se place Guyton-Morveau , et l'académie de Dijon tout entière, dont le travail consciencieux fut publié avec les plus grands détails ; les frères Robert, qui essayèrent aussi quelques tentatives, et, enfin, MM. Alban et Vallet, les directeurs de la fabrique de produits chimiques de Javel, qui obtinrent de remarquables résultats. Nous reviendrons ensuite sur les théories publiées à cette époque, et qui n'ont pas eu d'application.
Blanchard (Jean-Pierre) était né au Petit-Andelys, en 4753. Son père était tourneur; il se fit mécanicien. Son imagination ardente et ingénieuse et une sorte de fatalité le poussaient vers la navigation aérienne, même avant la découverte de Montgolfier.
Il avait inventé une sorte de boite matelassée , ornée de six ailes de six pieds d'envergure sur dix de largeur. Avec cette machine, qu'il appelait un bateau volant, il fit quelques expériences qui eurent peu de succès. Il allait quitter la France, où on le critiquait de toute part , et où on lui donnait peu d'argent, lorsqu'un abbé de Viennoy, qui demeurait rue Taranne , lui accorda l'hospitalité dans son hôtel vers 4782. Là, il faisait des leçons et des démonstrations qui lui attirèrent grand nombre de visiteurs, parmi lesquels les ducs de Cliartres et de Bourbon, qui lui promirent chacun 400 liv. dans le cas où il réussirait. Un de ses admirateurs avait composé ces vers :
Etktrtum trantxbil iter quo nomine Blanchard , Impavidus sortent non timet Icariam.
Mais, hélas I l'expérience ne répondit point à ces prédictions, et Blanchard fut hué par tout ce qu'il y avait en France de gens prétendant à l'esprit; on le chansonna, on fit sur lui une assez mauvaise pièce intitulée : Cassandre méchanicien. Tout cela ne le découragea pas, et lorsque les Montgolfier et MM. Charles et Robert eurent inventé l'aérostation , Blanchard se rallia franchement à cette lumière nouvelle, et bientôt on put lire dans le Journal d'un Observateur : « Le sieur Blanchard revient sur le tapis; il annonce qu'à l'aide d'un globe, à l'instar de MM. Charles et Robert, il compte enfin prendre l'essor dans son vaisseau volant; ses ailes et ses mouvements pour la direction sdnt faits et approuvés; un faible moteur le fait agir dans tous les sens avec assez de force pour le porter en avant , à droite ou à gauche, se tenir à la hauteur qu'il lui plaira, le laisser descendre à volonté, sans déperdition d'air inflammable.
C'est au 28 février que l'expérience aura lieu ; dans un emplacement qu'il indiquera. Après avoir, par des évolutions multipliées dans tous les sens, prouvé l'excellence de sa méthode, il se rendra dans un château qu'il aura indiqué auparavant comme terme de ses courses, où une personne de qualité se propose de lui donner une fêle.
Un physicien doit accompagner le sieur Blanchard, et se propose de faire des observations pendant que celui-ci s'occupera de ses évolutions et de sa direction. Ce physicien, certain des moyens qu'emploie lô sieur Blanchard pour se garantir d'une chute rapide au cas que le ballon vînt à faire explosion, le presse (ortement pour monter au plus haut possible.
Comme ce mécanicien a déjà promis quantité de choses