PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — 25 FÉVRIER
Nous soussignés commissaires pour monter l'aérostat, l'Académie de Dijon, avons rédigé comme il suit un premier procès-verbal succinct avant de quitter le lieu de notre arrivée :
Le vent trè3-fort et tourbillonnant qui s'était levé quelques instants avant notre départ, et qui nous avait dé^à repoussés contre terre plusieurs fois de toute la hauteur des cor îes qu'on filait, nous ayant fait craindre qu'il ne brisât tous nos a^rès, qu'il ne nous jetât du moins sur la ville, étant précisément au pied du plus haut de ses clochers, nous primes la résolution de jeter successivement assez de lest pour vaincre la résistance qu'il nous opposait, ce qui l'épuisa en entier, et même partie de nos provisions que nous estimons devoir être de 73 â 80 livres. Mais à peine eûmes-nous dépassé la hauteur des toits de l'église, notre ascension fut si rapide que nous ne vîmes plus son clocher qu'en plongeant, et fort au-dessous de nous.
La forme dé notre ballon nous annonçant alors une très- forte dilatation occasionnée à la fois par la chaleur du soleil et la diminution de densité de l'air environnant, nous avons fait jouer nos deux sou papes : mais elles n'ont pas suffi à écouler le fluide, et le ballon s'est ouvert de la longueur de 7 à 8 pouces dans la partie inférieure, tout près de l'appendice, ce qui nous a plutôt rassurés qu'effravés.
Nous nous sommes trouvés dans un calme presque plat, au point de nous regarder comme stationnai res. Cependant nous nous aperçûmes bientôt que nous étions déjà loin de la ville.