CHAPITRE VI. 6T
A cinq heures cinq minutes nous passâmes sur un village que nous ne connûmes pas, où nous laissâmes tomber un billet attaché à une pelote de son portant banderole, lequel annonçait que nous nous trouvions très-bien, que le baromètre était à 20 pouces 9 lignes, le thermomètre à 4 degré Ml au-dessous de 0, l'hygromètre à 59 degrés de l'échelle de M. Retz, et 34 Ml de l'échelle de M. Copineau.
Nous avons laissé tomber deux autres billets, mais écrits au crayon, le froid ne nous permettant pas de tenir la plume. A cinq heures onze minutes, il était à 3 degrés au-dessous de 0, c'est-à-dire qu'il était descendu de M degrés Mi depuis notre départ. Nous observâmes la chute d'un de ces billets à la montre à secondes; il fut sans doute soutenu par le ruban flottant, car, quoiqu'il tombât assez perpendiculairement, nous comptâmes 57 secondes avant qu'il touchât terre.
Le froid vif nous saisit les oreilles, et c'est la seule incommodité que nous ayons éprouvée, et dont nous avons été bien dédommagés par ce sentiment que M. Charles a si bien peint. Nous n'avons qu'un trait à ajouter à son tableau, c'est qu'il nous a paru plutôt affaibli qu'exagéré, lorsque nous avons vu une mer de nuages couler sous nous et nous isoler de la terre ; nous répétâmes alors de concert la devise emblématique de notre aérostat : Surgit nunc gallus ad œthera.
Le soleil commençait à baisser après nous avoir donné le spectacle d'un superbe parallèle. Nous nous aperçûmes que la partie inférieure de notre ballon s'aplatissait, qu'il était temps de choisir le lieu de descente. Nous jugeâmes par la boussole que nous n'étions pas loin de la ville d'Auxonne, et nous crûmes la reconnaître à sa masse, à environ 35 degrés sur notre droite. Nous ne nous trom-
pions pas. Nous prîmes la résolution de faire usage de toutes nos manœuvres pour diriger vers ce point; elles avaient été fort endommagées par le coup de vent que nous avions éprouvé à notre départ. Le gouvernail était déboîté ; une des rames avait été cassée à Taxe de son manche , et s'était détachée au premier moment où nous en voulûmes faire usage pour nous éloigner de Dijon. La rame de l'équateur du même côté s'était engagée dans une des quatre grandes cordes filées lors du départ, et que nous n'avions pu ramener à nous pour les couper. Il ne nous restait donc que les deux autres rames qui , se trouvant du même côté, nous ont été absolument inutiles pendant la plus grande partie de notre marche, dans le calme et même lorsque nous étions portés en tournant, sans courant sensible ; mais étant tombés dans un courant qui nous jetait sur Test, nous fîmes jouer ses rames avec beaucoup de facilité, sans aucun inconvénient pendant huit à neuf minutes, et elles nous faisaient tellement virer au sud-est, point de notre destination, que nous sentions déjà la nécessité de ménager cette force pour dériver quand il en serait temps, surtout n'ayant rien pour nous rappeler à Test.
Nous espérions donc pouvoir descendre près de cette masse que nous jugions Auxonne; mais nous perdions beaucoup par l'ouverture de notre ballon. Nous entrions' alors dans un grand espace couvert de bois; nous nous sentions descendre. Nous gardâmes le peu de lest qui nous restait, et qui n'était guère que les planches mobiles qui nous servaient de banc, pour ralentir la chute, s'il en était besoin; nous n'en jetâmes qu'une seule. Nous descendîmes doucement sur un taillis, que nous avons appris depuis s'appeler le Chaignet, appartenant à M me la comtesse FerdinandedeBrun, territoire de La Marche. A peine