CHAPITRE I
hommes suffisent à peine pour la retenir. On laisse aller, et, en dix minute» , on constate 4,000 toises d'élévation ; puis le ballon descend doucement, majestueusement dans les vignes voisines.
Aussitôt la Renommée aux cent voix répandit au loin l'histoire du miracle d'Ànoonay ; tous les amateurs de physique se hâtèrent d'essayer la même expérience. Comme on ne connaissait pas le gaz dont Montgolfier se servait , on eut recours à l'hydrogène, connu alors sous le nom d'air inflammable à cause de sa facilité à prendre feu. Mais, au lieu de papier, on se servit de laflMas gommé. Le projet de cette expérience ayant couru de bouche en bouche, chacun s'empresse de se faire inscrire : une souscription , que l'on nomme première souscription tiationale, est à l'instant couverte de signatures, et le 24 août on est à même de commencer les essais.
Pour quiconque a la moindre idée de physique ou de chimie, rien au monde n'est plus curieux que le détail de l'opération du gonflement de ce ballon : on se servait de limaille de fer et d'acide vitriolique (sulfuriquê) , puis , au moyen d'une décomposition de l'eau par ces deux agents, on mettait l'hydrogène en liberté. On essaya d'abord d'une grande botte à tiroirs doublés de plomb ; mais cela n'allant pas très-bien, il fallut y renoncer, et on y substitua un simple tonneau avec un tube de fer-blanc : on jetait de la limaille de fer, de l'eau et de l'acide ; au moment de PefferVescence , on introduisait le tuyau au dessous de l'ouverture du ballon , et l'air inflammable le remplissait.
Mais là encore il y avait de grandes difficultés : l'hydrogène sortait avec tant de violence qu'il entraînait beaucoup d'eau avec lui; il fallait vider cette eau pleine d'acide qui corrodait les parois. Puis la chaleur causée par l'opération même se communiquait au ballon , et il fallait di-
riger dessus le jet de deux petites pompes. Enfin , à force de soins et moyennant 4 ,000 livres de fer et 498 d'acide sulfurique, on arriva en quatre jours à gonfler un ballon de quatre mètres de diamètre» qui pouvait enlever à peine dix-huit livres.
Le 26 août , on débarrassa le globe des langes qui Pen- Uniraient, et on eut le plaisir de le voir s'enlever à plus de cent pieds au bout d'une corde qui le retenait. Cette opération se passait dans une maison de la place des Victoires. Aussitôt que la foule eut aperçu l'aérostat , la place se remplit de monde, et, malgré la garde du guet , qui se tenait aux portes, on fut obligé de laisser la foule entrer dans la cour : c'était le lendemain, 27, que l'expérience devait avoir Heu en public , et comme c'était au Champde-Mars qu'elle était annoncée , il fallait transporter le ballon tout gonflé jusque-là. — Ce n'était pas une petite affaire.— Mais, au moment du départ, on pensa que la porte cochère ne serait pas assez grande pour le laisser passer.
On voulut un instant essayer de le faire sortir par-dessus la maison et de le rattraper sur la place au moyen d'une corde ; mais on tenait trop à ce nouveau-né pour l'exposer à des chocs mortels pour lui ; on le dégonfla un peu en le comprimant, on lui donna une forme allongée , et on eut le bonheur d'arriver sur la place sans le moindre accident. Alors on déposa sur un brancard le précieux fardeau, et l'on se mit en marche pour le Champ-de-Mars. Le cortège avait un appareil lugubre et solennel qui étonnait tous les passants : des torches en avant , le guet à pied et à cheval formant escorte , une marche silencieuse comme pour un enterrement, l'heure avancée de la nuit, — il était environ trois heures , — tout cela troublait au plus haut degré les retardataires que l'on rencontrait encore.
Les cochers de fiacre , saisis de terreur, descendant de
Paj;r 10.
Gonflement du premier ballon de MM. Charles et Itoberl. rue Xotre-Dame-des-l ieloires.