CHAPITRE I
leurs voitures, s'agenouillaient sur le passage de cette procession de nouvelle espèce. Le ballon suivit les rues des Petits-Champs, Richelieu, Saint-Nicaise, le Carrousel , le Pont-Royal , la rue de Bourbon et les Invalides , et fut enfin déposé dans l'enceinte qui lui était destinée.
Dès le moment où le jour parut, on s'occupa à le rem* ptir entièrement de gaz, et à trois heures il était prêt à partir. — Une foule immense couvrait les alentours du Champ-de-Mars ; des voitures nombreuses formaient une longue file , et des troupes garnissaient tous les environs. A cinq heures , un coup de canon annonça le départ de l'aérostat, qui s'éleva avec une telle vitesse qu'en deux minutes il arriva à un nuage dans lequel il pénétra et où il disparut. Un second coup de canon annonça cette disparition.
Le ballon fut de nouveau visible pendant quelques instants, mais une pluie battante le déroba bientôt à la vue des assistants. On ne peut se faire idée de l'enthousiasme de la foule, qui s'inquiétait peu de la pluie battante qu'elle recevait, et se laissait intrépidement traverser pour ne pas perdre une seule minute de l'expérience. Trois quarts d'heure après, l'aérostat tomba à côté d'Écouen, et fut complètement dégradé par les paysans de Gonesse , qui le traînèrent pendant un quart de lieue.
Quelques jours plus tard, M. Montgolfier le jeune arrivait à Paris et recevait de l'Académie des sciences l'invitation de faire construire une machine de 70 pieds de hauteur sur 40 de diamètre. Il se mit à l'œuvre et fit une espèce de ballon déforme ovale qui représentait une tente bleu d'azur avec des ornements en couleur d'or. Comme c'était aux frais de l'Académie des sciences que l'expérience avait lieu , M. Montgolfier voulut épargner le papier, il n'en mit qu'une seule couche.
Enfin, le 42 septembre, MM. Cadet, Bossu, Lavoisier et Desmaret, commissaires, étant arrivés, on alluma au-dessous de l'ouverture inférieure de l'aérostat un grand feu de paille et de laine hachée, et en dix minutes il fut gonflé et prêt à partir; mais il survint une pluie battante et un vent épouvantable qui détruisirent complètement la machine. On devait faire, le 49, une autre expérience à Versailles devant le roi lui-môme. En cinq jours on monta un aérostat tout en toile, couvert de papier peint et décoré avec beaucoup de soin d'L entrelacées en l'honneur de Sa Majesté,
Pendant ce temps on construisait dans lai grande cour du ohtlteau de Versailles une espèce de théâtre percé au milieu d'une ouverture de plus de quinze pied» de diamètre : on disposa le ballon de telle sorte qu'il se trouva plié transversalement sur l'ouverture de ce trou , de manière que son dôme devint une espèce de couvercle; un entourage en toile petote et de forme circulaire vint couvrir le réchaud et les opérateurs , et servir d'entonnoir pour porter l'air dilaté dans l'intérieur de l'aérostat. A côté d'eux étaient des tas de paille et de laine ainsi qu'une cage d'osier dans laquelle se trouvaient un mouton , un coq et un canard.
Dès dix heures du matin , la route de Versailles était couverte de voitures : on arrivait en foute de toutes parts; à midi , tous les points d'où l'on pouvait voir étaient garnis de spectateurs : c'est alors que Leurs Majestés daignèrent (style du temps) se transporter elles-mêmes dans l'enceinte et voulurent bien pénétrer sous la machine.
A une heure quatre minutes, la machine se gontle avec rapidité; mais un coup de vent lui fait une longue fente vert le sommet. Montgolfier ne perd pas courage , il jette un peu de paille de plus sur son brasier, on coupe les cordes, et l'énorme aérostat s'élance rapidement, empor-