‹ Les ballonsChapitre 47 sur 110 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de neige et de frimas, avait demandé à revenir sur terre ; mais que, n'ayant pu faire jouer la soupape pour gagner l'air inflammable, on avait pris le parti d'éventrer le ballon. Un second globe, rempli d'air atmosphérique, dont ces messieurs comptaient faire usage, et inséré dans le grand, empêchait, au contraire, le jeu du premier.

Les rames, le gouvernail dont ils étaient munis, rien n'a pu servir ; on regarde cet essai comme manqué complètement. »

Voici, d'un autre côté, le récit de MM. Robert : a En construisant un aérostat cylindrique, terminé par deux hémisphères de trente pieds de diamètre, pour trente mille pieds cubes de solidité, nous ne présentions que la plus petite surface possible à la résistance de l'air, sans rien altérer de la capacité. Nous avions suspendu dans le milieu de cet aérostat un ballon destiné à contenir de l'air atmosphérique ; sa dilatation devait avoir lieu sur l'air inflammable jusqu'au terme de son enveloppe totale, devait en même temps comprimer le ballon intérieur et en faire sortir l'air atmosphérique en raison proportionnelle; un soufflet placé dans la galerie était propre à remplir le ballon intérieur après la compression nécessitée par la dilatation de l'air inflammable, et à donner conséquemment un excès de pesanteur relatif à la quantité d'air atmosphérique introduite dans ce ballon. Une fois en équilibre dans l'atmosphère, nous devions, par ce moyen, monter et descendre à volonté, sans aucune déperdition d'air inflammable.

Notre intention était de diriger cette machine avec des rames de douze pieds de surface, fixées à un levier de dix pieds de long et posées à une extrémité da la galerie en opposition à un gouvernail de cinquante-quatre pieds de surface, appliqué à l'autre extrémité. Telles étaient nos dispositions principales.

La montre marquant sept heures cinquante-deux minutes, le baromètre au niveau de la mer vingt-huit pouces cinq lignes, et au Heu du départ vingt-huit pouces trois lignes un tiers , le vent nord-ouest et le temps chargé de vapeurs épaisses, après avoir pesé l'excès de légèreté de notre machine, en présence des spectateurs, nous nous disposâmes à quitter la terre, enivrés de plaisir de recevoir les témoignages d'intérêt et de confiance que nous avions le bonheur d'inspirer. Élevés à cent toises par le temps le plus calme, et pourtant de sud-est, un petit coup de vent nous fit dévier au «ord-nord-est ; mats le secours d'une seule des rames de notre droite nous rétablit dans notre première direction, en inclinant faiblement le gouvernail au nord-est.

Pendant cette courte manœuvre, nous montions trèssensiblement, et bientôt la terre se déroba à nos yeux, emportés ou plutôt ensevelis au milieu d'une vapeur dense ; des tourbillons de vent s'emparèrent de notre machine et la firent tourner trois fois de droite et de gauche en un moment; les secousses violentes que nous éprouvâmes nous firent abandonner toutes les machines destinées à nous diriger, et nous prîmes le parti de déchirer le taffetas de notre gouvernail pour ôter prise au vent qui agissait avec la plus grande violence. Jamais spectacle n'offrit une horreur plus intéressante.

Une mer de nuages informes se roulant les uns sur les autres semblait devoir nous interdire pour jamais le retour de la terre. L'agitation de notre aérostat devint plus forte encore ; nous entendîmes casser les cordes de soie qui suspendaient le ballon intérieur ; devenu libre, il tomba sur l'orifice inférieur de notre appendice et le boucha. Un coup de vent le saisit en dessous. Le thermomètre donnant alors r> degrés au-dessus de zéro, nous fûmes emportés rapide-

Page 1