CHAPITRE I
tant la cage dos animaux, à la grande fureur des Grammont de l'époque. Arrivée à deux cent quarante toises de hauteur, elle s'arrête; plane quelques instants et va s'abattre dans le bois de Vaucresson. Au moment où la corde qui tenait la cage passa contre une pile de bois, elle se coupa et les animaux furent détachés, mais sans aucun accident grave pour eux. Le coq seul avait l'épaule écorchée , mais c'était un coup de pied du mouton : une autre version rapporte que le coq 6'était brisé la tôte en tombant , ce fut fa causé d'une polémique dont Paris entier s'émut.
Mais ce fut bien autre chose quand on sut que des hommes allaient se livrer aux hasards d'une telle ascension : Montgolfîer avait construit une énorme machine de 70 pieds de haut sur 46 de diamètre ; sa forme était ovale, sa partie supérieure, entourée de fleurs de lis, était ornée des douze signes du zodiaque de couleur d'or, le milieu portait le chiffre du roi entremêlé de soleils; le bas était garni d'aigles à ailes déployées , qui semblaient vouloir soutenir ce gros ballou bleu d'azur.
Au-dessous était disposée une galerie de vingt-cinq pieds de diamètre, ce qui dépasse de beaucoup les plus grandes nacelles modernes ; au milieu était une ouverture où pendait avec des chaînes de fer un réchaud de même métal, dans lequel on pouvait continuellement brûler de (a paille et de la laine, pour dilater par la cha. leur l'air de l'aérostat.
Avec cette machine , M. Pilâtre de Rozier fit trois as* censions, le ballon maintenu par des cordes: il put parfaitement monter ou descendre à volonté, en rallumant ou en laissant éteindre le feu ; dans une des expériences , le ballon s'étant embarrassé dans des arbres voisins, il le tira parfaitement de ce mauvais pas. Enfin, une autre
personne, M. Giroud de Villette, osa raccompagner, puis après lui, M. d'Àrlandes. Et les spectateurs qui se trouvaient dans la cour de M. Réveillon à ce moment s'écrièrent d'une voix unanime, au dire de Faujas Saint- Fonds :
» Voilà donc l'homme enfin maître d'un nouvel empire , » le voilà sur la voie de prendre possession du domaine » immense de l'air ! »
Quelques mois plus tard, au même endroit, chez M. Réveillon, un ballon construit aux frais* du roi par M. Êtienne Montgolfler, sur une hauteur de 74 pieds et de 72 de diamètre, eut l'honneur de porter dans les airs les premières femmes qui osèrent monter en aérostat. Leurs noms sont assez curieux à connaître :
M mt * La marquise de Montalembert ;
La comtesse de Montalembert ;
La comtesse de Podenas ; M lle De Lagarde , accompagnées de :
MM. Le marquis de Montalembert et de :
Artaud de Bellevue.
L'expérience eut lieu à ballon captif, et suggéra à M. Pilâtre de Rozier les réflexions suivantes, empreintes de la plus parfaite galanterie :
» Le contentement et la joie de ces dames me permirent de tenter plusieurs fois de monter et de descendre à volonté. Enfin, la tranquillité qu'elles ont conservée pendant plus d'une heure que dura cette promenade me fit regretter de ne pas répondre au vœu qu'elles faisaient sans cesse de voir abandonner leur char au gré du vent , entreprise hardie pour ce sexe aimable, qui n'avait pas besoin de ce nouveau moyen pour nous convaincre qu'il n'est pas moins intéressant pour son courage que pour ses grAces- »