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CHAPITRE VIII

Javel , le 25 août 1785.

a Depuis que nous avons annoncé au public le projet d'un cours de direction aérostatique le temps a été si contraire, que nous n'avous pu nous occuper que dans l'intérieur des moyens de le rendre plus instructif et plus intéressant. Le 23 de ce mois, l'air ayant été, le matin, plus calme qu'à l'ordinaire, nous en avons profité pour renouveler nos essais et vériBer si nos moyens étaient assurés et avaient toujours le même succès. L'effet ayant répondu à notre attente, et dans l'espoir que le même calme continuerait, nous avons projeté de faire, le lendemain, un voyage à ballon libre , et de réaliser la promesse de nous rendre à Versailles.

L'exécution nous flattait d'autant plus que, le 24 se trouvant la veille de saint Louis, notre réussite eût été un hommage de reconnaissance pour les bontés de Sa Majesté. Nous nous livrâmes donc à combiner le plan de la marche que nous avions à tenir ; nous'déterminâmes les stations que nous devions faire, de distance en distance, pour nous reposer et prendre des précautions nécessaires pour franchir les montagnes. Nous prévîmes qu'abandonnés à nousmêmes, sans être suivis, comme auparavant, par une corde et réduits à n'avoir point de lest, nous n'avions de ressources pour l'un et l'autre cas que dans la manœuvre de nos ailes. Rassurés par notre expérience . sur ces obstacles, nous nous sommes décidés, hier 24, à tenter le voyage de Versailles. Nous nous sommes embarqués avec le nommé Truchon, notre garçon charpentier. A quatre heuxes vingt-cinq minutes du matin il régnait un vent du sud-est qui ne nous était pas favorable; mais il n'était pas assez fort pour que nous ne puissions pas le vaincre. Ele-

vés à deux cents pieds de hauteur seulement , nous nous sommes transportés sur la plaine de Boulogne.

Nous y sommes descendus sans peine, en faisant mouvoir nos ailes de bas en haut, et nous avons pris terre à l'endroit projeté la veille.

Enlevés de nouveau , nous nous sommes portés sur les prés qui sont en face de Saint-Cloud, au bord de la rivière, et nous y sommes aussi descendus par l'effet seul de nos ailes. De là nous avons considéré la hauteur des montagnes que nous avions à surmonter.

Comme nous n'avions pu emporter de lest, nous n'avons pu aussi recourir qu'à nos ailes pour nous procurer l'ascension dont nous avions besoin.

Leur battement horizontal de haut en bas nous a si bien servis, que nous nous sommes élevés à plus de 300 pieds malgré la condensation qu'a opérée un nuage qui s'est trouvé au-dessus de nous. Nous avons aussi de nouveau traversé la rivière en nous portant sur la cascade de Saint- Cloud ; de là , nous avons manœuvré sur la droite pour éviter les bois du parc , qui nous devenaient dangereux faute de lest. A 5 heures 30 minutes nous étions sur le château.

Nous avons répondu par le salut de notre drapeau aux cris de joie que nous entendions tant dans le château que dans le village. Nous nous avancions du côté de la plaine de Garches , lorsque le même vent du sud-est s'est accru et nous a assaillis de manière à nous porter, en moins de six secondes, de l'extrémité de Saint-Cloud vers la maison de M. de Chalut. Hors d'état de résister au vent, nous avons manœuvré pour descendre , et nous y sommes parvenus sans difficulté. Nous avons amarré notre ballon dans l'espoir que l'air se calmerait et nous permettrait de continuer notre marche; mais, comme le vent augmentait et

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