CHAPITRE VIII
nous nous trouvions dominés par le vent de sud-est, qui nous portait sur le Calvaire. La condensation qu'avait éprouvée le ballon nous empêchait d'être plus de trois dans la gondole.
Animés par la présence de la reine, qui daignait nous montrer un intérêt touchant, nous avons voulu saisir un moment où l'air nous a paru moins agité : toute notre ambition était de nous porter au delà de la Seine; mais le soleil nous faisant prendre de l'ascension, nous avons trouvé le vent au-dessus de nos forces, nous avons donc
jeté à terre un peloton de corde qui pesait au moins quinze livres; la perte de ce lest nous a donné une telle force d'ascension, qu'il n'a pas été possible de nous arrêter. La corde s'étant accrochée aux bâtiments, pour éviter de toucher aux toits, nous avons pris le parti de la couper et de nous abandonner au vent. Nous ne nous sommes ensuite occupés d'autre chose que de manœuvrer pour descendre, ce qui n'a pu avoir lieu qu'au bas de la montagne du Calvaire; de là nous nous sommes fait remorquer jusqu'à Javel. »
D'où il résulte que par un temps calme et sans coups de vent trop forts, on peut quelquefois aller et revenir, et que, quel que soit le vent, ou peut toujours monter et descendre par le secours des ailes.
La figure de l'aérostat de MM. Alban et Vallet se trouve à la Bibliothèque royale dans la collection des estampes.
Voici maintenant le récit d'une autre ascension fort curieuse, qui prouve bien moins que celle que nous venons de citer, mais qui confirme le fait d'une descente à la rame sans perte de gaz*
Ce fut le 47 juin 1786 qu'elle eut lieu. Laissons parler Testu-Brissy :
a M'étant occupé depuis la naissance des aérostats du
moyen de rendre le taffetas imperméable et y étant parvenu, j'ai fait un aérostat de dix-sept pieds de diamètre, dans lequel je suis parti du terrain du Luxembourg , en présence du comte de Nellembourg et d'un nombreux concours, le 48 de ce mois, à 4 heures 51 minutes, avec une force ascensionnelle de cinq livres, n'ayant pu me munir que de très-peu de lest, parce que l'air inflammable de mon aérostat a été rempli, ou n'avait pas la légèreté spécifique convenable, ou était mêlé d'air atmosphérique; cependant, ne voulant avoir rien à me reprocher, j'avais employé la manufacture de Javel.
Lors de mon départ, le baromètre était à 27 pouces 40 lignes, le thermomètre marquait 23 degrés au-dessus de zéro; l'hygromètre, 65 degrés; le soleil ne se montrait que par intervalle à travers des nuages épais.
Ayant acquis de la légèreté , parce que la chaleur avait desséché mon filet qui avait été mouillé par la pluie qui était tombée le matin , je descendis à l'aide de mes rames dans la plaine de Montmorency, à 5 heures 26 minutes, pour y prendre du lest ; la curiosité fit accourir de toutes parts; on m'entoura. Le propriétaire du champ, appuyé des messiers du lieu, me voulut faire payer le dégât que les curieux avaient fait en marchant dans son champ. J'employai les prières et les menaces et parvins à m'échapper avec perte d'air inflammable , parce qu'on avait ouvert ma soupape en tirant mes cordes. J'en fus quitte pour mes rames cassées, mon manteau et mon marteau qui furentpris.
A 6 heures 45 minutes , je m'abaissai aux environs de l'abbaye de Royaumont et me tins pendant un certain temps à très-peu de hauteur de terre, en suivant la rivière d'Oise; 42 minutes après, je jetai du lest et m'élevai à 374 toises; le thermomètre était à 45 degrés, l'hygromètre à 45 degrés. A 8 heures, je mis pied à terre entre
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