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CHAPITRE VIII

Ecouen et Wariville, pour me débarrasser du support de mes rames et me munir de lest ; j'y fus aperçu par des chasseurs, qui accoururent à moi et m'instruisirent du lieu où j'étais. En partant de ce lieu, je me trouvai, à la hauteur de 678 toises, dans des nuages électriques, au-dessus desquels je m'élevai. Le thermomètre était à 5 degrés audessous de la congélation ; les bords de mon char étaient couverts de grésil ; j'étais obligé d'en rejeter la neige et les grêlons qui m'appesantissaient.

La nuit étant arrivée, je m'abaissai un peu et me trouvai au milieu des nuages, d'où partaient à chaque instant des éclairs accompagnés d'un tonnerre violent. Je me trouvais attiré et repoussé par les nuages chargés en plus ou moins d'électricité. Mon pavillon, qui portait les armes de France en or, était étincelant de lumière. Suivant l'élévation où je me portais, je reconnaissais l'électricité positive ou négative, à l'aide d'une pointe de fer placée dans mon char : il sortait de cette pointe une gerbe de feu , lorsque l'électricité était positive; quand je m'élevais un peu plus haut dans le nuage, la pointe de fer n'offrait qu'un point lumineux, parce que l'électricité était négative.

Je restai plus de trois heures dans le nuage orageux, sans éprouver d'autre accident que la perte d'une partie de la dorure de mon drapeau, qui fut troué par la force de l'électricité naturelle : on voit que le tonnerre m'a fait beaucoup moins de mal que les paysans de Montmorency. Le calme ayant succédé à l'orage, je restai longtemps comme stationnaire. Je profitai de ce calme pour manger en attendant le jour ; alors, me trouvant manquer de lest, je descendis à quatre heures moins un quart dans le village de Camprein, où je fus accueilli de la manière la plus affable par le curé de ce lieu.

Les habitants de Breteuil vinrent me chercher et me

conduisirent chez eux avec la plus grande joie, en criant : Vive le roi ! vive la reine ! MM. les bénédictins de Breteuil me reçurent et m'accueillirent de la manière la plus honnête.

Si je ne restai qu'onze heures en l'air, si, pendant cet espace de temps , je n'ai fait qu'environ vingt-cinq lieues, c'est que j'ai été contrarié par l'orage et par les causes dont j'ai rendu compte dans le commencement de cette relation. Quoique j'aie exercé des manœuvres qui confirment une partie de ce que j'ai conçu sur la direction des aérostats, je ne les expose pas ici, parce qu'il faut plus d'une expérience pour les bien constater. »

Cette lettre de Testu est d'une modestie et d'une naïveté incroyables. Voilà un homme qui, le premier, passe toute une nuit en ballon , au milieu d'un orage épouvantable, et qui en parte comme de la chose la plus simple du monde. La seule idée dont il est préoccupé, c'est de la sauvage réception que lui font les habitants de Montmorency, indigènes avares et inhospitaliers, qui lui prennent son manteau, lui brisent ses ailes, et auxquels il ne peut échapper qu'à grand'peine. Et ils réclament encore 1 II y a parfois de singuliers rapprochements : Il y a quelques mois à peine, descendant , avec le pauvre Gale, dans cette contrée barbare, nous avons été forcés de défendre l'aérostat contre les sauvages qui l'habitent, et l'Hippodrome les a rétribués largement d'un dommage à peine sensible ; une polémique s'en est suivie dans les feuilles quotidiennes. Il en fut de même en 4786 : le curé de Montmorency engagea avec Testu , dans le Journal de Paris, une polémique qui força ce dernier à raconter l'histoire dans tous ses détails : « À l'instant, dit-il, un homme, escorté de deux messiers armés de leurs hallebardes, voulut me mettre à contribution en exigeant que je payasse les dégâts que les paysans

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