CHAPITRE IX
guetteurs de la ville, suivaient avec beaucoup d'attention ce gros corps noirâtre qui s'avançait vers la côte et qu'ils reconnaissaient pour l'aérostat annoncé depuis longtemps.
A son arrivée, il fut reçu par M. d'Honinclam fils, qui le conduisit dans son château. Le même soir, après souper, les voyageurs furent conduits à Calais, dans une voilure à six chevaux qui leur fut envoyée par les officiers municipaux, qui avaient aussi donné des ordres pour que les portes de la ville leur fussent ouvertes à quelque heure qu'ils arrivassent; et, quoiqu'il fût deux heures après minuit lorsqu'ils entrèrent dans cette ville, ils y trouvèrent tous les habitants qui bordaient les rues sur leur passage en criant : Vive le roi! vivent les voyageurs aériens !
Ils descendirent chez M. Mouron, l'un des officiers du corps municipal , où ils couchèrent. Le lendemain , dès le matin, le pavillon français fut placé sur la porte de M. Mouron, le drapeau de la ville fut hissé sur les tours, on fit plusieurs décharges de canon et toutes les cloches des paroisses furent sonnées en carillon. Le corps municipal et tous ceux des régiments qui composent la garnison se rendirent le matin même chez M. Mouron pour féliciter les voyageurs; à dix heures on leur apporta le vin de la ville et on les invita à venir dîner ce jour même à l'Hôtel-de-Ville.
Avant le dîner, le maire présenta à M. Blanchard une boîte d'or, sur le médaillon de laquelle est gravé son aérostat dans le moment de la descente ; elle contenait des lettres qui accordent à M. Blanchard le titre de. citoyen de Calais. De pareilles lettres furent offertes au docteur Gefferies, qui, en sa qualité d'étranger, ne crut pas devoir les accepter. Enfin, pour mettre le comble à la gloire des voyageurs, le corps de ville leur demanda de laisser leur ballon pour être déposé dans l'église cathédrale de Calais, ainsi que le fut autrefois, en Espagne, le vaisseau de Chris-
tophe Colomb. Et il fut arrêté qu'au lieu de la descente, il sera élevé une pyramide de marbre pour en perpétuer la mémoire.
M. Rigault de l'Épinoy, ancien maire de Calais, dans une lettre où il rappelle à Blanchard que le 7 janvier était la date de la reprise de Calais par le duc de Guise, lui envoya les vers suivants :
Deux peuples divisés pour l*empire des mers
Ne font qu'un aujourd'hui en franchissant les airs.
Présage fortuné de l'union sincère
Qui doit régner entre eux pour le bien de la terre.
Les habitants de Guines firent élever une colonne de marbre au lieu même où Blanchard était descendu. Un jour Blanchard vint la voir et put s'écrier : « Je ne crains plus le persiflage et la calomnie. Grâce à Dieu, messieurs, et à vous, il faudrait cinquante mille rames de libelles entassés pour masquer cette colonne sur toutes ses faces. » Voici , du reste, le récit de la cérémonie d'inauguration de ce monument :
Les magistrats de la ville de Guines, ayant à leur tête M. de Guiselain de Bienassise, maire et syndic de la noblesse du Calaisis, se transportèrent à la colonne qu'ils ont fait élever dans la forêt du roi. Ils y trouvèrent M. Blanchard, accompagné de M. le vicomte de Desandrouin, chambellan actuel de l'empereur, chevalier de Malte, et M. de la Follye, chevalier de Saint-Louis, capitaine commandant au régiment de Poitou, infanterie.
M. de Launay, procureur du roi du corps municipal, ^adressant à M. Blanchard , dit :
« Il est bien flatteur pour nous, monsieur, de vous posséder ici au même jour et à la même heure où vous descendîtes Tan passé ; mais la vue de cette colonne, l'inscription qui s'y trouve donnée par l'Académie, nous interdisent tout