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CHAPITRE X

A 200 pieds de hauteur, le vent de sud-est parut diriger la machine, et bientôt elle se trouva sur la mer. Différents courants, tels que le vent d'est, l'agitèrent alors pendaut trois minutes, ce qui m'effraya beaucoup. Le vent de sudouest devint enfin dominant, et le globe, en s'éloignant de nous par une diagonale, regagna la côte de France.

Dans ce moment , sans doute, M. Pilaire de Rozier, ainsi que nous en étions convenus ensemble, voulant descendre et chercher un courant plus favorable, se sera déterminé à tirer la soupape , qui , mal raccommodée et trop dure, aura exigé auparavant et des efforts et peut-être une secousse violente.

C'est alors que le taffetas a crevé , que la soupape est retombée dans l'intérieur du globe, et que l'air inflammable tendant à s'élever et voulant sortir par l'issue de dix pouces qui venait de se faire, l'enveloppe, pourrie par des essais inutiles et par un laps de temps considérable, a cédé, et s'est seulement déchirée sans éclater; car un paysan, éloigné de cent pas, n'a entendu, m'a-t-il dit, qu'un bruit très-léger, tandis qu'une détonation totale en devait produire un très-fort.

J'ai vu, monsieur, l'enveloppe de l'aérostat retomber sur la montgolfière. La machine entière m'a paru alors éprouver deux ou trois secousses; et la chute s'est déterminée de la manière la plus violente et la plus rapide. Les deux malheureux voyageurs sont tombés et ont été trouvés tracassés dans la galerie et aux mêmes places qu'ils occupaient à leur départ.

Pilâtre de Rosier a été tué sur le coup, mais son infortuné compagnon a encore survécu dix minutes à cette chute affreuse : il n'a pas pu parler et n'a donné que de très-légers signes de connaissance.

J'ai vu , j'ai examiné la montgolfière, qui n'avait rien

m LES BALLONS.

éprouvé de fâcheux f n'étant ni brûlée ni môme déchirée ; le réchaud , encore au centre de la galerie, s'est trouvé fermé au moment de la chute. La machine pouvait être à environ 1,700 pieds en l'air : elle est tombée à cinq quarts de lieue de Boulogne et à trois cents pas des bords de la mer, vis-à-vis la tour de Croy, etc. »

Un autre témoin de cette funeste expérience écrivit de Boulogne qu'après que l'aérostat se fut élevé à une grande hauteur, on vit, à 7 heures 35 minutes, s'élever au-dessus du ballon une colonne de flamme qui fut aperçue par toutes les personnes que l'expérience avait rassemblées ; il ayoute que la machine se divisa en trois parties, et que la

Tu

mière.

Ces circonstances ne peuvent se concilier avec le récit de M. de la Maisonfort, qui affirme positivement que la montgolfière n'était ni brûlée ni déchirée ; mais, comme il a vu et examiné la machine au moment où elle venait de tomber, son récit mérite plus de confiance que la lettre anonyme que nous avons citée et dont Fauteur avoue qu'il ne voulut pas se transporter sur les lieux où était tombée la machine.

U est cependant plus probable de croire que c'est par l'inflammation de l'hydrogène du ballon que par une simple déchirure qui n'entraîne jamais une chute aussi rapide. Un professeur de chimie de Boulogne, nommé Duriez , prétendit que l'inflammation du gaz eut lieu sous une influence électrique causée par la présence d'un petit nuage blanchâtre qui approcha du sommet de l'aérostat au moment du sinistre.

Cette hypothèse nous semble inutile, le réchaud suffisait au désastre.

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