‹ Les ballonsChapitre 66 sur 110 · CHAPITRE X. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. U

nouveau comme un insensé celui qu'on admirait tout à l'heure comme un héros des sciences.

Ainsi, l'opinion des contemporains erre et flotte incessamment entre le dédain et l'admiration ; mais il y a quelque chose de surprenant dans ces expériences si effrayantes pour l'imagination, c'est qu'on en ait répété plus de cent, et que, jusqu'à présent, il n'y en ait eu qu'une seule malheureuse ; il faut croire que le péril n'est pas bien grand, puisque, dans les premiers essais même, les accidents ont été si rares.

Tel est le sort de l'humanité : les révolutions les plus heureuses, les découvertes les plus utiles lui coûtent des sacrifices. La navigation coûte encore à l'humanité des milliers de victimes, et la navigation est utile aux hommes.

Les aérostats, il est vrai, ne seront que des prodiges, tant qu'on ne trouvera pas le moyen de les diriger ; mais si la possibilité des moyens de direction est encore un pro blême, qui osera dire que le problème est insoluble, ou qu'il est déjà décidé contre la possibilité ?

Je respecte l'autorité des savants et j'en connais le poids ; mats la science ne combine et ne compare que les forces connues : ses résultats ne peuvent aller au delà, non plus que ses comparaisons et ses combinaisons; le génie et le hasard découvrent des forces nouvelles. La science voit ce qui est actuellement possible ; le hasard et le génie étendent la limite des possibles, et créent, pour ainsi dire, des possibles nouveaux.

Avant la découverte de M. de Montgolfier , la philosophie avait annoncé qu'il était impossible à l'homme de s'élever dans les airs, et elle avait raison, parce qu'elle ne combinait et ne comparait que les forces connues. M. de Montgolfier est venu ; il a apporté d'Annonay une force nouvelle, et l'homme a plané dans les airs; et c'est au mo-

ment que cette découverte a étendu les limites des possibles d'une manière prodigieuse, qu'on osera prononcer qu'il est impossible de les étendre encore!

Cette découverte nous a accoutumés aux prodiges, et la raison a droit d'en attendre de nouveaux. Tout promet que le règne de Louis XVI ajoutera encore cette gloire à la gloire de la première découverte.

Des hommes intrépides épuiseront les combinaisons dans de nombreuses expériences ; ils interrogeront pour ainsi dire le hasard de toutes les manières.

Le génie en même temps veillera de tous côtés sur la nature ; et une seule de ses observations, une seule de ses idées vaudra peut-être mieux que des milliers d'expériences. x>

Nous n'avons pu savoir qui avait écrit ces lignes, mais elles sont certainement l'œuvre d'un grand esprit, et devraient être affichées continuellement sous les yeux des détracteurs de l'aérostation.

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Mort de Pilàtre et de Romain.

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