‹ Les ballonsChapitre 67 sur 110 · COUT ELLE. — CONTÉ · texte numérisé non relu

COUT ELLE. — CONTÉ

Nous ne nous embarquerons pas à la suite de Blanchard dans ses périgrinations européennes, et nous passerons tout de suite à une des applications de l'aérostalion. — Voici comment Coutelle, colonel des aérostiers de Sambreet-Meuse, raconte la formation de ce corps, qui fut d'une si grande utilité dans toute cette campagne :

Le comité de salut public avait réuni auprès de lui une commission de savants, parmi lesquels on comptait Monge, Berthollet, Guyton de Morveau, Fourcroy, Carnot, etc. Guyton proposa de faire servir l'aérostat aux armées, comme moyen d'observation. Cette proposition fut acceptée par le gouvernement, sous la condition de ne pas employer l'acide sulfurique, le soufre étant nécessaire à la fabrication de la poudre ; la commission arrêta alors d'employer la décomposition de l'eau.

Cette expérience, faite par le célèbre Lavoisier, et répétée dans nos cabinets, n'avait pu donner que de faibles résultats ; une expérience en grand était nécessaire : il fallait pouvoir extraire 42 à 45,000 pieds cubes de gaz dans l'espace de temps le plus court.

L'expérience réussit : je retirai 5 à 600 pieds cubes de gaz. Les membres de la commission, qui avaient été témoins de l'opération, furent si satisfaits, que dès le lende-

main je reçus Tordre d'aller en poste à Maubeuge pro poser au général Jourdan l'emploi d'un aérostat dans soi:t armée.

J'arrivai à Beaumont couvert de boue» car j'avais éiù obligé de faire les six lieues de route à franc étrier, pai* des chemins si mauvais, que les équipages d'artillerie avaient de la boue par-dessus les moyeux des roues. Le représentant auquel je devais présenter mon ordre ne comprit d'abord ni ma mission ni l'ordre du comité de sa* lut public, encore moins un aérostat au milieu du camp : il me menaça de me faire fusiller, avant de m'entendrt, comme suspect; il finit pourtant par se radoucir, et me fi. des compliments sur mon dévouement.

L'armée était à Beaumont, six lieues au delà de Maubeuge. L'ennemi, à moins d'une lieue de distance, pouvait attaquer à chaque instant. Le général me fit cette observation, qu'il m'engagea à porter au comité. J'arrivai à Paris, après avoir passé deux jours et demi et deux nuits à cette expédition.

La commission sentit alors la nécessité de faire l'expérience entière avec un aérostat propre à élever deux personnes, et le ministre mit à ma disposition le jardin et le petit château de Meudon.

Il fallait inventer un fourneau, dans lequel je crus nécessaire de placer sept tuyaux, imaginer des appareils transportables aux armées, et une foule de choses nécessaires, que l'expérience, autant que la théorie, devait indiquer.

Je proposai aux membres de la commission de m'associer Conté, que je leur avais fait connaître lors de ma première expérience. Conté consentit à venir s'établir avec m^i a Meudon, pourvu que j'eusse seul toute la responsabilité, la correspondance avec la commission, et la comptabilité.

Page 1