CHAPITRE XI
Après quelques mois de travaux, le fourneau construit en partie par nos mains, les tuyaux mis en place, et tous les appareils disposés, l'aérostat fut rempli. J'en donnai avis à la commission ; plusieurs de ses membres vinrent présider à la première expérience d'une ascension au moyen d'un ballon tenu par deux cordes.
Les commissaires m'engagèrent à me placer dans la nacelle, et me donnèrent une suite de signaux à répéter et d'observations à faire. Je me fis élever successivement de toute la longueur des cordes, 270 toises. J'étais alors à 350 toises environ au-dessus du niveau de la Seine; je distinguais parfaitement, avec une lunette, les sept courbures de la rivière. Quand je voulais faire des signaux, je faisais couler le long d'une corde de petits sacs de sable porteurs de flammes diverses.
Les expériences ayant complètement réussi, peu de jours après le comité du gouvernement m'adressa le brevet de capitaine , commandant les aérostiers dans l'arme de l'artillerie, attaché à l'état-major général,
Je reçus en môme temps Tordre d'organiser une compagnie de trente hommes, y compris le capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major faisant fonctions d'officier payeur, des sous-officiers, et de me rendre à Maubeuge dans le plus bref délai.
Le huitième jour, je partis avec un officier, après avoir dirigé sur Maubeuge le petit nombre de soldats que j'avais pu réunir.
Arrivé à Maubeuge, mon premier soin fut de chercher un emplacement, de construire mon fourneau, de faire les provisions de combustible, et de tout disposer en attendant l'arrivée de l'aérostat et des appareils qui avaient servi à ma première expérience à Meudon.
Les différents corps de l'armée ne savaient de quel œil
regarder des soldats qui n'étaient pas encore sur l'état militaire, et dont le service ne leur était pas connu. Le général qui commandait à Maubeuge ordonna une sortie contre les Autrichiens retranchés à une portée de canon de la place ; je lui demandai à être employé avec ma petite troupe dans cette attaque ; deux des miens furent grièvement blessés : le sous-lieutenant reçut une balle morte dans la poitrine. Nous rentrâmes dans la place au rang des soldats de l'armée.
Peu de jours après, mes équipages étant arrivés, je pus mettre le feu à mon fourneau , et l'aérostat fut rempli en moins de cinquante heures ; alors, deux et souvent trois fois par jour, je m'élevai, par ordre du général commandant, avec un officier d'état-major, pour examiner les travaux de l'ennemi, ses positions et ses forces. Occupés pendant vingt jours à des travaux continuels, de jour et de nuit, ainsi qu'à des observations, rien n'était disposé pour entrer en campagne, pour conduire une voile tendue de 27 pieds, un globe aussi fragile, pour sortir d'une place forte, traverser les fossés, passer par-dessus les remparts et les portes, lorsque je reçus, à midi, l'ordre de me porter le lendemain sur Charleroi, éloigné de douze lieues par les détours que je serais obligé de faire pour éviter les villages dont les rues étaient trop étroites.
L'expérience m'avait appris ce qu'il me fallait de force et d'adresse pour résister au vent ou pour se mettre en garde contre ses atteintes imprévues ; j'employai la nuit à disposer vingt cordes autour de l'équateur du filet, que je rendis solidaires par des attaches très-rapprochées, et des coulants; chaque aérostier devait porter sa corde, la fixer et la détacher au premier signal. La nacelle se suspendait et se détachait de la même manière. Nous pûmes sortir de la place et passer assez près des vedettes ennemies, à la