CHAPITRE XI
pointe du jour. Après avoir fait une reconnaissance en route, nous arrivâmes devant Charleroi au soleil couchant; j'eus le temps, avant la fin du jour, de reconnaître la place aVec un officier général. Le lendemain je fis une seconde reconnaissance dans la plaine de Jumet, et le jour suivant l'aérostat fut en observation , avec un officier général et moi, pendant sept à huit heures. Plusieurs officiers autrichiens, qui étaient à la bataille de Fleurus, m'ont assuré, lorsqu'ils étaient en France, qu'il a été tiré sur nous plusieurs coups de carabine. Après plusieurs autres reconnaissances, nous suivîmes les mouvements de l'armée.
Nous étions près des hauteurs de Namur, lorsqu'un coup de vent, que nous n'avions pu prévoir, porta le ballon sur un arbre qui le fendit dans la partie supérieure : dans un instant il fut vide. Je ne balançai pas pour retourner à Maubeuge, dont nous étions éloignés de douze lieues; nous y arrivâmes le lendemain matin. On nouveau ballon, que j'avais demandé, n'était pas arrivé ; je crus dévoir prendre la poste pour aller hâter l'expédition. Aussitôt qu'il fut arrivé, je fis toutes les dispositions pour le remplir.
Nous partîmes pour rejoindre l'armée.
Je conduisais dans mes équipages un ballon cylindrique propre à élever seulement une personne. Arrivé à Liége> où je reçus l'ordre de séjourner, je crus devoir faire l'essai de ce ballon, qui avait été établi contre mon gré. Je construisis un fourneau pour le remplir, et je me fis élever à *00 toises dans la citadelle.
Les cordes d'ascension étaient fixées sur chacun des deux grands côtés ; mais une des extrémités du cylindre se présenta au vent comme lui opposant une moins grande résistance. Les deux cordes alors se rapprochèrent de cette partie du cylindre, et le ballon ne fut plus retenu par son centre.
L'autre partie, sous le vent, en reçut un mouvement pendulaire qui porta alternativement la nacelle sur chacune des deux cordes, ce qui rendait l'observation nonseulement impossible, mais dangereuse. Tous les spectateurs furent effrayés ; une foule d'habitants, qui m'avaient témoigné un grand intérêt, accoururent à la citadelle.
Lorsque je fus bien assuré par l'expérience qu'il n'y avait aucun moyen de s'en servir, je donnai le signal d'arriver, et bientôt après j'expédiai le ballon pour Meudon.
Après plusieurs reconnaissances auprès des officiers généraux qui commandaient différents corps d'armée , nous passâmes la Meuse en bateau, pour nous diriger sur Bruxelles : un nouvel accident nous attendait à la porte de cette grande ville.
Un coup de vent porta le ballon sur un éclat de bois, qui le coupa dans sa partie inférieure ; il se perdit une petite quantité de gaz. J'entrai dans le parc où je formai, avec une simple ficelle, une grande enceinte, qui fut respectée par la multitude de curieux de toutes les classes. Bientôt l'accident fut réparé, et je rejoignis l'armée le quatrième jour.
Arrivé à Bercette, près d'Aix-la-Chapelle, un séjour de quelques mois me permit d'y faire un nouvel établissement, après lequel je reçus l'ordre de me rendre à Paris pour y former une seconde compagnie que je fus chargé de conduire à l'armée du Rhin.
J'emportai un balljn de trente pieds, pour lequel je crus nécessaire d'employer neuf tuyaux de même dimension que les premiers, par conséquent de faire un plus grand fourneau.
Malgré la plus grande capacité de ce ballon, il a été rempli dans le même espace de temps que ceux de 27 pieds. Il avait un excès de légèreté de 800 livres, et les