‹ Les ballonsChapitre 70 sur 110 · CHAPITRE XJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XJ

reconnaissances sur le Rhin ont eu le même succès. Je me répéterais si j'essayais de les décrire; je me contenterai de plusieurs faits qui ne sont pas sans intérêt; je finirai par quelques observations.

Les généraux autrichiens et les officiers de leur armée n'ont pas cessé d'admirer cette manière de les observer, qu'ils appelaient aussi savante que hardie. J'en ai reçu les témoignages les plus honorables , chaque fois que je me suis trouvé avec eux : Il n'y a que les Français capables d'imaginer et d'exécuter une pareille entreprise, m'ont-ils répété, lorsque je leur ai dit qu'ils pouvaient en faire autant.

Généralement, leurs soldats, qui tous voyaient un observateur qui plongeait sur eux et qui prenait des notes, étaient persuadés qu'ils ne pouvaient pas faire un mouvement sans être remarqués.

Nos soldats étaient dans la même position, et trouvaient dans les observateurs un genre de bravoure nouveau qui excitait leur admiration et leur confiance.

Dans nos marches, toujours pénibles, la surveillance continuelle ne permettant pas à aucun aérostier de quitter la corde qui retenait le ballon, il nous est arrivé de trouver sur notre passage des rafraîchissements préparés pour nous ; souvent aussi des soldats des troupes légères nous apportaient du vin. Si le balancement qu'on éprouve, et qui est plus ou moins grand, suivant la force du vent, est souvent un obstacle à l'observation, lorsqu'on est obligé de se servir de lunettes (excepté dans les trèsgrands vents, je m'étais accoutumé à m'en servir), je dois faire observer que le plus souvent on distingue, à la vue simple, les différents mouvements des corps d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie et leurs parcs. A Maubeuge, devant Mayence et Manheim, je pouvais compter les pièces

de canon dans les redoutes et sur les remparts, à la vue simple. Ce qui cause une impression à laquelle on a besoin de s'accoutumer, c'est le bruit que fait le ballon lorsqu'il est comprimé par les coups de vent répétés ; il s'y forme une concavité plus ou moins grande, suivant la force du vent. Lorsque le coup de vent a passé, le ballon reprend sa forme, par l'élasticité qui était comprimée, avec une telle vitesse, que le bruit ou coup de fouet du taffetas se fait entendre à une grande distance, ce qui ferait craindre sa rupture, s'il n'était pas contenu par le filet.

Du reste, cet accident ne m'est jamais arrivé, quoique je me sois souvent servi d'un ballon dont le taffetas avait perdu presque toute sa force. Pendant que j'étais à 450 toises d'élévation, pour une reconnaissance sur les bords du Rhin, un frisson épouvantable me força, pour la première fois, de m'asseoir dans ma nacelle; il fut suivi d'une fièvre violente qui me mit aux portes du tombeau.

A Prankenthal, où j'avais fait un établissement, mon lieutenant prit le commandement de ma compagnie, et passa le Rhin; dans la première nuit son ballon fut criblé de chevrotines, et mis hors de service.

Celui que conduisait le capitaine commandant la première compagnie, que plusieurs bombes et boulets n'avaient pu démonter devant Ehrenbreistein, après avoir passé le Rhin, après avoir construit un fourneau et rempli un ballon de 30 pieds ; celui-là fut également percé de plusieurs balles.

Forcé de prendre un congé, j'étais à peine en convalescence lorsque je rentrai à Paris. Je fus élevé, en arrivant, au grade de chef de bataillon, et je repris la suite de mes travaux à Meudon.

On se servit encore pendant quelque temps de la troupe des aérostiers, surtout en Égypte, ce qui étonnait beau-

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