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CHAPITRE XIÏ

Tout le monde connaît la puissance du vent engagé dans un parapluie qu'on tient à la main : qu'on se figure donc un immense parapluie. Seulement, au lieu d'être maintenu concave vers la terre, au moyen de baleines, il est attaché par de fortes cordes au rebord de la nacelle, et c'est seulement l# coupe de l'étoffe qui détermine la coupole qu'il forme en tombant.

Le parachute, ou quelque chose de semblable, entre dans toutes les tentatives du vol aérien que l'on fit avant Montgolfier. Pour ne parler que des derniers temps, un nommé Lebesnier fit, en 4670, des expériences publiques d'une sorte de parachute mécanique qui le portait, par une descente douce, à un kilomètre environ de l'endroit d'où il était parti.

Blanchard avait adapté un grand parasol au ballon avec lequel il fit son expérience du Champ-de-Mars, mais il ne s'en servit pas. Plus tard, presque à chacune de ses ascensions, il lançait dans l'espace des petits parachutes avec des chiens et autres animaux. Il avait même inventé une espèce de mécanisme qui jouait une fois en l'air de manière à couper la corde qui retenait le parachute au ballon, quand il n'était pas parti lui-môme.

Un autre mécanisme faisait déchirer le ballon en deux parties, et il retombait avant le parachute ; avec cette expérience qu'il répéta à satiété dans toute l'Europe , il ramassa pendant près de dix ans des sommes considérables ; aussi prétendit-il à l'honneur d'avoir inventé le parachute, lorsque Jacques Garnerin fit, le 1 er brumaire an VI, sa première descente dans la plaine Monceaux. Voici quelques citations qui feront connaître comment cette périlleuse tentative fut appréciée par les contemporains du courageux aéronaute. La première est extraite d'une lettre de l'astronome Lalande au Journal de Paris:

L'expérience effrayante du parachute, annoncée parle citoyen Garnerin , vient d'être exécutée , et elle a réussi complètement. Le parachute était en toile et il avait U pieds de diamètre. Le ballon est parti à 5 heures 28 minutes; au bout d'une minute, Garnerin étant à plus de 200 toises de hauteur, a coupé la corde^ le ballon s'est élevé seul et s'est fendu peu de temps après , n'étant plus assujetti par le filet.

Notre physicien est descendu avec son parachute ; l'effroi a été général ; des femmes se sont trouvées mal. Notre inquiétude a augmenté en voyant le parachute incliner de plus de 25 degrés; mais il s'est bientôt relevé pour s'incliner de l'autre sens. J'ai reconnu que c'étaient des oscillations alternatives produites par l'inégalité du vent et par le défaut d'équilibre dans les différentes parties du parachute. Mais une autre inquiétude a pris la place de la première en voyant qu'il descendait avec une grande vitesse; il n'a pas été plus d'une minute à descendre : le choc devait être rude.

Tout le monde a couru du côté où il avait descendu, témoignant le plus vif intérêt au sort de ce courageux physicien , et Ton a été enchanté d'apprendre qu'il revenait à cheval par le parc de Monceaux pour rassurer les spectateurs. J'ai été en faire part à l'Institut, qui était alors assemblé, et on a entendu mon récit avec le même intérêt. Le citoyen Garnerin a eu le pied foulé, mais c'est bien peu de chose en comparaison de ce que j'avais redouté, lorsque je faisais mes efforts pour le dissuader d'une aussi périlleuse entreprise.

Voici maintenant la lettre de Garnerin lui-même :

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