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CHAPITRE XII

Veuillez bien , citoyen rédacteur , annoncer le mémoire de ma captivité et de mes longues souffrances.

Je laisse aux témoins de cette scène le soin de décrire l'impression que fît sur les spectateurs le moment de ma séparation du ballon et de ma descente en parachute ; il faut croire que l'intérêt fut bien vif , car on m'a rapporté que les larmes coulaient de tous les yeux, et que des dames aussi intéressantes par leurs charmes que par leur sensibilité étaient tombées évanouies.

Salut et considération.

GÀBNBRIN.

Puis des réflexions d'un journaliste, qui sont d'un style trop curieux pour que nous ne les reproduisions pas :

« On a tremblé, on a pleuré, on s'est évanoui à la vue du péril imminent que courait le jeune et intéressant physicien. Nous achevions de lire la relation de son voyage et de sa captivité , et , du point de Montmartre où nous nous étions rendus le 4^ brumaire, nous avons fermé les yeux au moment où Paéronaute a coupé la corde fatale : Malheureux! nous sommes-nous écriés, c'est toi, ce n'est pas la Parque qui tranche le fil de tes jours. Nous sommes rentrés sans avoir eu le courage d'aller apprendre le résultat , en cherchant tristement à deviner comment un jeune homme échappé aux horreurs de la plus longue et de la plus barbare captivité, et dont la vie pouvait être encore utile à la République, avait pu avoir seulement la pensée de l'immoler en une minute : à quoi, à qui, et par quel motif? Qu'il réussisse, on dira : Il a pourtant réussi , et voilà tout. Qu'il périsse , on dira : Qu'allait-il faire dans cette galère?

* 0 Éléonore , qui vîtes partir des prisons de Bude ce Français devenu votre amant, avec espoir de le revoir un jour, eussiez-vous consenti à cette hasardeuse expérience?

— Et vous, ami Horace, qui n'étiez pas le plus brave des Romains, sans pourtant être un Panurge, qu'eussiez- vous dit de l'auteur d'un pareil spectacle?

» Vous traitiez de téméraire à triple cuirasse celui qui, le premier, brava les flots de la mer sur un bon navire; qu'eussiez-vous dit de l'enthousiaste Garnerin, s'élançaot de la terre aux nues dans un frêle ballon, et s'en précipitant à l'aide de la plus frêle égide, d'un maudit parachute non même achevé ni perfectionné? 0 Horace! pour parler bon français, vous eussiez dit : Cet homme a bien le diable au corps ! C'est pour le coup que s'appliquerait votre mot : Nil mortalibus arduus est, cœlum ipsum pet ï mus stultitia. Nous cherchions donc à nous expliquer cette inexplicable audace, et nous avons trouvé cette explication dans la relation que vient de donner le citoyen Garnerin de sa détention en Hongrie.

» Un jeune homme de 25 ans qui accepte du comité de salut public, en 4793, une commission hasardeuse, qui fait la revue du camp de Ransonnet, qui se bat à Marchienne, qui est pris par les Anglais, qui, interrogé par eux, fait les réponses dignes d'un fier républicain, livré ensuite par les Anglais aux Autrichiens, cpnduit à Bude, endurant dixhuit mois les traitements les plus barbares, n'ayant pas changé de paille et n'ayant pas montré un instant de faiblesse, pas perdu un atome de la dignité française, etc. ; et nous avons cessé d'appeler folie la descente de Monceaux.

» Ce jeune homme, nous sommes-nous dit , n'aura pas voulu qu'un autre qu'un Français eût la gloire de l'expérience du parachute. Cela lui a suffi : gloire nationale d'une part, engagement personnel d'un autre. Et de là nous avons conclu que quand même sa belle Éléonore eût été présente, elle n'y eût fait œuvre II n'y a amours qui tiennent

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