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CHAPITRE XIII

Quelques instants après, le ballon de Green l'enlevait ; arrivé à plus d'un kilomètre environ, la corde fut coupée, et Cocking tomba, mais avec une telle rapidité, qu'en moins de 80 secondes il fut à terre.

Peut-être nous trouvera-t-on bien durs; mais celui-là certainement avait été encore au-devant de la mort qui Ta frappé. Il courut les chances de cette entreprise presque certainement mortelle, pour la somme de cinquante livres (1,225 fr.), dont vingt livres avant Pexpérience et trente autres après.

Trois autres victimes doivent être ajoutées à cette triste liste : un nommé Charles Green, dont nous avons vu la mort annoncée par le Temps, dans le mois de juillet de Tan dernier. Ce fut la première phrase que nous lûmes en revenant de notre premier voyage aérien. L'article, autant que nous pouvons nous le rappeler, était ainsi conçu :

« On vient de retrouver dans le canal de Bristol le cadavre du jeune aéronaute Charles Green, séparé de son ballon. Le corps paraissait avoir macéré dans la mer depuis trois ou quatre jours. »

On comprend l'impression que nous fit cette lecture.

Puis Arban, qui fit ce merveilleux voyage par dessus les Alpes, et qui finit par aller se noyer dans la mer.

Enfin Gale, avec lequel nous avons fait nous-mème une ascension, et dont l'inutile témérité a causé la mort. Il avait la singulière habitude de grimper d'une espèce de corbeille inférieure, par le moyen d'une échelle de corde, jusqu'à sa nacelle, qui offrait une large ouverture pour le recevoir à son retour. Ces sortes de bravades sont absurdes : autant il est ridicule de craindre une ascension en ballon quand toutes les précautions sont prises (comme Ta prouvé notre dernier voyage avec Godard), autant il est stupide de s'exposer sans raison à de pareils dangers.

Nous ne concevons môme pas comment l'administration peut laisser Taire de telles extravagances , qui ne font que nuire à l'avenir de l'aérostation.

On dit que cela a l'avantage de familiariser tout le monde avec l'idée de la station dans les airs, mais on oublie qu'un seul accident recule plus une invention quelconque que ne peuvent la faire avancer toutes les additions des saltimbanques. Sous prétexte de la vulgariser, ils se livrent à des tours de force qui changent un art en un métier lucratif, il est vrai, mais déshonorant pour la science. — Le public aime cela ! Le public en aimerait bien d'autres, si on le laissait faire.

On voit que presque toutes ces catastrophes ont eu pour point de départ l'ignorance ou la témérité : Blanchard, Robertson le père et Green ont fait des ascensions sans nombre , sans qu'il en résultât pour eux aucun danger, et l'on n'a qu'à examiner celles qui ont eu lieu cette année par toute la France et dans le reste de l'Europe, pour voir que le péril n'est pas aussi grand qu'on veut bien se l'imaginer.

Treize ou quatorze morts sur des milliers de voyageurs aériens, ce n'est certes pas la proportion qui existe entre les noyés et les baigneurs. Rien qu'à Paris, il y a certainement chaque été plus de quatorze accidents mortels dus à l'asphyxie par submersion dans la Seine.

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