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CHAPITRE XIV

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puis du chemin de fer de Rouen, et enfin du boulevard extérieur, jusqu'au niveau de la Villette. Pendant ce trajet, nos yeux fixés sur Paris, nous le montraient tel qu'on le voit sur les plans à vol d'oiseau. Seulement, les nombreux réservoirs où séjourne l'eau destinée à la bonne ville, jetaient mille feux aux rayons du soleil, et embellissaient ce singulier paysage composé de tas de pierres de diverses formes. Le boulevard paraissait avoir environ 2 décimètres de large, et un omnibus, qu'on pouvait parfaitement distinguer, ressemblait à un cloporte qui se serait mu péniblement au soleil dans le sillon d'une pierre de taille.

Cependant M. Green s'agitait; les sacs de sable se vidaient successivement, et nous commencions à nous élever à une demi-lieue de terre; la vapeur de notre haleine se condensait en un léger brouillard : nous étions encore audessous des nuages.

La plaine s'étalait immense autour de la ville, qui se rétrécissait à mesure que sa ceinture s'élargissait : routes, rails-ways, canaux, rivières, toutes ces veines de la circulation terrestre déroulaient sur le sol , les uns leur sillon blanc, les autres leur ruban de nacre ; la Seine surtout nous découvrait peu à peu ses courbures argentées; c'est qu'à chaque courbure nous étions encore montés de quelques centaines de pieds. Enfin, à la sixième elle alla se perdre à l'horizon, où elle scintillait au soleil comme un gros diamant. Il était six heures : le froid devenait assez vif; nous étions à 4 kilomètre. M. Green se reposa un peu et cessa de jeter du sable. Nous débouchâmes joyeusement une bouteille d'excellent vin de Bordeaux, et nous nous mîmes à causer moitié anglais, moitié français, tous contents, tous émus, et vivant plus vite. C'était si beau, si grand, si splendidel M me de Lancy et moi nous admirions. Quant aux deux Anglais, ils avaient conçu une idée, bri-

tannique au plus haut degré : ne pouvant s'inscrire sur un nuage qui passait, ils me firent mettre nos quatre noms sur un papier, et ils y joignirent nos cartes, avec prière à ceux qui trouveraient le paquet de nous écrire dans quel village il était tombé ; puis, Oxant le tout autour du bouchon, ils s'apprêtaient à le jeter pour signaler leur passage aérien ; mais il n'y avait que de3 blés à cet endroit, et ma poche dut recevoir le dépôt de cette précieuse relique, écrite à plus de 5 kilomètres au-dessus de la mer.

Ici le paysage changea complètement ; nous commencions i entrer dans les nuages. Les rayons du soleil, bizarrement réfractés au milieu de ces masses énormes d'eau vaporisée, donnaient lieu aux mirages les plus singuliers. L'effet ressemblait assez à un Golgotha mystérieux, et aurait fait un joli décor comme paysage de la vallée de Josaphat au jour de la résurrection. Quelques minutes après, nous admirions le plus beau, le plus enivrant spectacle que l'homme puisse contempler. Rien au monde ne peut rendre la sublime magnificence de ce tableau. Ceux qui ont vu les sommets neigeux des Alpes pourront seuls s'en faire une idée infiniment petite. Au-dessous et autour de nouô, des montagnes blanches, d'un blanc inconnu, montaient les Unes sur les autres, semblant jouer comme un troupeau d'immenses moutons qui se fussent pressés tumultueusement à la porte de leur parc. Puis tout à coup le paysage éthéréen changea de nouveau : des lacs, d'énormes nappes d'eau lancent des feux étincelants; une immense falaise blanche leur sert de rive; un horizon d'un jaune brillant simule des montagnes d'or, et au-dessus se déploie un ciel bleu d'une limpidité qui permet à l'œil de percer à des distances infinies, et au bas, à travers quelques trous, quelque chose de jaunâtre, de grisâtre, de sale, de terne enfin : c'est la terre.

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