LES BAI.S TRAVESTIS
Il est un détail bien amusant et qui caractérise absolument l'époque en laquelle tant d'hommes ne vivaient que pour la seule satisfaction de leurs appétits. Comme la plupart des exotiques qui brillaient à Paris y menant la fête magnifiquement, possédaient dos fortunes auprès desquelles celles des mondains français étaient fort minces, et comme la jeunesse de la Cour et de la ville se trouvait écrasée par cet amas de millions qui tombaient un peu de tous les côtés, il y eut comme une sorte d'émulation, parmi les représentants de cette jeunesse, pour ne point déchoir, en apparence, devant les étrangers. On se syndiqua, on se cotisa, on organisa un semblant de cagnote pour tenir tète aux exotiques, et ceux que leurs revenus forçaient à une simplicité relalive, dans la vie, purent se procurer ainsi des subsides supplémentaires qui leur permirent de marcher sur le même rang que leurs rivaux.
Une folie spéciale caractérise chaque période de riiunianité. La folie sensuelle caractérise, on ne saurait le nier, le Second Empire. On aurait tort, cependant, de s'emparer de cotte constatation comme d'un argument destiné à l'accentuation d'un blâme, d'un jugement sévère concernant les êtres et les choses de ce temps. Je ne crois pas que, dans leur ensemble, les choses et les êtres de notre actualité, soient meilleurs
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que ceux d'hier. Les classes sociales, aujourd'hui, sont plus mêlées, partant moins en relief; il y a moins d'ostentation, plus de banalité dans les joies en faveur dans le monde spécial où l'on s'amuse, et s'il fallait établir la balance, selon l'expression commerciale, entre la débauche élégante d'autrefois et celle de notre présent, je ne sais si dans son expression absolue, si dans ses manifestations perverses, l'orgie d'autan n'apparaîtrait point comme une fadeur auprès des égarements et des curiosités de nos modernes jouisseurs. Il y avait, sous le Second Empire, comme une sorte de grandeur désintéressée, dans le plaisir, qu'on ne retrouve point aujourd'hui, dans les entraînements du corps ou de l'âme. Ou aimait, alors, l'argent, pour le dépenser sottement parfois, je le reconnais, mais, en définitive, pour le jeter à tous les vents sans souci du lendemain. On recherchait la femme, non stupidement, dans un désir de l'exhiber et d'en tirer un bcnétice de mondanité, mais pour s'en approprier toutes les séductions, pour la posséder dans le sens absolu du mot; et la femme elle-même se montrait plus ardente au désir et moins âpre à la reconnaissance monnayée de l'homme. 11 y avait, en un mot, dans la joie, sous le Second Empire, une franchise qui n'est plus dans la joie d'aujourd'hui.
Il faut le dire, cependant, la jeunesse actuelle, plus
LKS lîALS TliAVESTIS
instruite, plus travailleuse que celle qui l'a précédée, plus préoccupée aussi d'airermir un avenir incertain, inquiétée par les multiples questions politiques et sociales qui se dressent menaçantes, ne saurait accepter, avec la même sérénité que sa devancière, l'ivresse qu'apportent les heures consacrées au plaisir. Elle ne s'attarde point en ces heures ; et si cette attitude constitue une supériorité sur la jeunesse du Second Empire, il est juste de déclarer que cette supériorité lui appartient pleinement.