‹ Les bals travestis et les tableaux vivants sous le second empireChapitre 4 sur 13 · LES BAI, S TRAVESTIS · texte numérisé non relu

LES BAI, S TRAVESTIS

M"'° Gorschakoff était une russe qui eut, sous le Second Empire, un renom d'élégance sinon de beauté. Admirablement faite, elle n'était point belle, en eflet, et portait sur son visage le caractère du type cosaque. Elle vint à Paris, y établit un salon, et quoique séparée de son mari qu'on ne vit jamais, elle réussit à se faire un cercle mondain et à être reçue aux Tuileries ainsi qu'en diverses maisons très fermées. Elle fut, un instant, la rivale de .M"'°de Castiglione qui la jalousait et qu'elle jalousait. Mais dans cette lutte elle devait être vaincue. Le salon de M"" Gorscbakoff prêtait à la médisance, peut-être simplement à la calomnie; les liommes l'aimaient, car il présentait une liberté d'allures et de propos qui les amusait et la comtesse de Castigiione, mettant à profit cette apparence équivoque, dans la tenue de maison de sa rivale, entreprit contre elle une guerre sans merci.

Elle eut son Iriompbc quand M'"" Gorscbakoff s'étant, un soir, présentée cbcz .M"'° de Metternicb, se vit forcée de quitter les salons de l'Amliassade d'.Vutriche.

C'était quelque temps après l'exbibition du costume de Salammbô. M"" de Metternicb, eu apercevant M'"" Gorschakotï au milieu de ses amies, alla vers son mari et à très baute voix, désignant la russe, lit cette question :

— Quelle est cette femme et qui l'a invitée à venir ici?

socs LE SECOND EMPIRE.

M"'° GorschakofT entendit la phrase et ne bougea point. Mais M. de Budberg s'étant incliné devant elle, après avoir conféré avec M™" de Metternicli, et lui ayant offert son bras, elle comprit et se retira.

Elle se vengea de cette aventure en donnant à ses réceptions une allure plus bruyante et en faisant, de ses réunions, comme des sortes d'assemblées hostiles à la société des Tuileries.

M"" Gorschakoif avait donc paru au château, dans le costume de Salammbô et dans une nudité prescjue complète cjui mettait merveilleusement en relief sa face un peu sauvage de cosaque. La tète coiffée à la manière des sphinx ou des filles d'Egypte, le corps habillé simplement d'un maillot et les reins à peine voilés par une ccharpe de gaze c{ui s'enroulait autour d'elle, à la façon du serpent sacré jouant avec l'enfant d'Amilcar sur les terrasses de Carthage, lorsque sortant d un manteau de fourrures noires, elle s'était avancée, un cri avait jailli autour d'elle. Elle avait eu, ce soir-là, à la Cour, un succès égal à celui qu'avait obtenu M"" de Castiglione en romaine, et cette dernière ne devait jamais le lui pardonner.

M""" de Galliffet, qui aux Tuileries se travestit en ange, Bartlioloni qui tint le rôle de .Judith fuyant la tente d'Holophernc, dans un tableau, de Forbin- .lanson en Bébecca, de Latena en dame de trèfle, et

d'autres mondaines : M"" de Canisy, Aguado, de Bourgoing, les princesses Bibesco et Ypsilanty; M"" de Moiicliy, de Persigny, Canrobert, de Malakoff, de la Poëze, de la Moskowa, de Chasseloup-Laubat, Drouyn de Lhuys, de Cadore el la comtesse Walewska, en Diane ainsi qu'en neige, complétaient cet ensemble prodigieux de femmes qui mirent de la gaîté, de la couleur et de l'action sur la Cour du Second Empire.

Dans un précédent livre, La Cour de Napoléon III, j'ai dit qu'il y eut," aux Tuileries, des tableaux vivants qui dépassèrent les bornes des convenances et que des scènes mylbologiques ou bien relatives à l'Histoire grecque ou à l'Ilisloire romaine, furent représentées devant l'Impératrice et devant ses familiers par les plus jolies femmes du château, dans le costume trop exact exigé par les rôles choisis. Rien n'est plus vrai. Ces tableaux eurent même une très grande vogue; les ministères, les salons s'en emparèrent, et ainsi qu'on joue la comédie aujourd'hui, on tenta de faire revivre, sous le Second Empire, par la pose et par la nudité, les principaux héros de la Fable et de l'ilistoire.

Je citerai quelques exemples pris parmi ceux de ces tableaux qui firent le plus sensation et dans lesquels les femmes seules figuraient, tenaient les rôles niascu-

Costume do Religieuse, porti par M"» la comtesse de Castiglione, dans les tableaux -vivants qui curent lieu chez M»' la baronne de Mayondoff. {D'après me pholograpine.)

sous LE SECOND EMPIRE.

lins, les liommes n'étant admis à ces exhibitions qn'en qualité de spectateurs.

Il y eut tout d'abord une scène mythologique, une Diane chasseresse entourée de nymphes, qui provoqua l'admiration du public de la Cour. Diane, dans un décor habilement brossé et dans un arrangement très subtil, parut ayant auprès d'elle ou disséminées et alanguies en des attitudes diverses, une douzaine de jeunes femmes dont quelques feuillages savamment préparés voilaient le trop complet déshabillenient, tout en faisant valoir leurs formes moulées en des maillots de soie. Puis, ce furent des Vénus sortant de l'onde, des groupes reproduisant les principales statues des parcs ou des musées, tout un défilé de beautés dévêtues, toute une exposition de splendeurs charnelles, comme l'apothéose du désir et de la volupté: et dans une note plus adoucie, Daphnis et Cliloé, Phryné devant ses juges, ainsi que quelques scènes bibliques.

Mais les deux tableaux qui, avec le Ballet des Abeilles, mirent le comble à l'enthousiasme des mondains, furent les Cinq Parties du Monde et les Eléments.

Les Cinq Parties du Monde, représentées par cinq femmes choisies parmi les plus belles et les mieux faites, dans l'entourage de la souveraine, donnèrent assez bien l'impression de la fontaine de Carpeaux

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