‹ Les bals travestis et les tableaux vivants sous le second empireChapitre 5 sur 13 · LES CALS TRAVESTIS · texte numérisé non relu

LES CALS TRAVESTIS

érigée au Luxembourg. Elles soutenaient, en des attitudes délicieusement perverses, une spiière lumineuse, et à leurs pieds d'autres femmes en naïades, en nymphes, étaient étendues formant comme des bas-reliefs vivants. Ce fut peut-être très léger; mais on ne peut nier que ce fut absolument délicieux.

Les Eléments — l'Air, le Feu, la Terre et l'Eau — furent également confiés à quatre femmes réputées par leurs grâces irréprochables et soutenues — comme des danseuses étoiles en un liallet, par un groupe d'autres femmes partagées en quatre divisions secondaires et composant comme les quadrilles particuliers de chacune des principales interprètes, ainsi que leur appartenant par le costume imité du leur.

Ces costumes méritent une description.

Chaque femme était en maillot et par conséquent apparaissait aux regards comme dans une absolue nudité. Cependant des attributs spéciaux aux rôles qu'elles représentaient, atténuaient ce déshabillé. L'Air était vêtu d'une sorte de tunique de gaze transparente, mais sur laquelle, très finement, on avait peint des vapeurs, des nuages, et l'impression que ce costume, en effet, faisait naître, était celle d'une chose étliérée, impalpable. Le Feu, pareillement revêtu de gaze, ornementée de flammes, semblait se mouvoir dans un brasier et chacun de ses gestes accentuait cette

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illusion par les ondulations qu'il imprimait à l'étoffe. La Terre offrait la sensation, dans sa tunique, d'une corbeille de fleurs animées et des gerbes d'épis mêlées à ses cheveux en faisaient comme l'évocation divine de toutes les richesses. L'Eau, enfin, émergeant de plantes marines et de roseaux, passait ainsi qu'une source, dans l'incarnation idéale de sa poésie, dans toute sa mélancolie intuitive.

Cette exhibition, fut, je le répète, féerique, et le tableau terminé, on en rappela les interprètes et on les força à reprendre leurs poses.

Tels furent quelques-uns de ces tableaux dont on a tant parlé. L'impératrice Eugénie, évidemment, avec l'aide de iM"'" de Metternich, de Pourtalès, de Gallitfet et de Poilly, fut leur organisatrice; mais il est juste de déclarer qu'elle ne se mêla jamais aux actrices qui les représentèrent, qu'elle ne prit, en un mot, jamais dans leur réalisation, un rôle actif. La décence en est contestable, mais non le sentiment artistique, et si au point de vue de la morale ou de la politique, on doit les déplorer, il me parait puéril de condamner leur manifestation car elle renferma comme l'avant-goùt de l'art aclucl, de cet art si féminin et si pervers que la foule reclierche et applaudit. J'écarte ici, d'ailleurs, de mon récit, toute pensée récriminatrice, et ceux qui vécurent au soleil des années mortes que j'exhume, et

les amoureux de curiosités aimables aussi, et les amateurs de fouilles dans le passé, ne s'indigneront pas plus que moi, je l'espère, devant celle reconstitution de choses éparses et charmantes.

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