Meunerie
La préparation du manioc se fait ainsi :
Après neuf à douze mois, quand la racine a l'épaisseur d'un bon bras, on l'arrache. Le manioc est un tubercule et il a quatre ou cinq grosses racines, à l'époque de la maturité; ces racines sont enlevées successivement à mesure qu'elles atteignent l'épaisseur voulue.
La racine de manioc est bonne à manger à tout âge, y compris l'état de son plein développement. On la cueille le moins possible de mars à juin. Gonflée d'eau à cette époque, elle ne donne presque pas de farine. Les indigènes s'aperçoivent de la maturité de la racine à la circonstance qu'à ce moment la terre du dessus se fend.
Cette grosse racine donc est pelée; l'écorce supérieure est enlevée; la partie restante est enfouie dans la vase de l'eau; c'est là que le manioc fermente, pourrit si vous voulez. 11 faut quatre, cinq ou six jours de trempage : la durée dépend de la température; par un un temps très chaud, trois jours peuvent suffire.
Après le trempage dans la vase le manioc est tendre et casse au moindre effort : un liquide visqueux de couleur blanche comme du lait en sort, qui a l'odeur
Baluba. Congo, B, /, 57.
désagréable. On enlève à ce moment la nervure centrale du tubercule.
On le laisse égoûter quelques instants, puis on Texpose au soleil, mais coupé en quatre ou cinq morceaux longs, afin que le séchage s'opère vivement.
Sous Faction du soleil, le manioc se modifie : il est alors porté sur la claie intérieure qui, dans la case, est placée au dessus du foyer.
L'opération de séchage complètement terminée, le tubercule se présente couvert d'un noir de fumée; cette partie externe noircie est grattée par le nègre avec son couteau et sert à deux usages intéressants : ou bien il est réservé pour la première préparation de la bière, du « pombe » ; ou bien il sert de régal aux chèvres, aux moutons, etc. En cas de disette, les noirs n'hésiteront pas à le préparer en brouet pour leur propre alimentation.
Le tubercule ainsi gratté est coupé en petits morceaux de la grosseur d'une noix ou d'un pouce. Ce sont ces morceaux qu'on met dans le mortier pour être piles. Et ainsi s'obtient la farine. Puis on passe au tamis.
Toutes ces opérations sont faites par les femmes.
Le mortier est un tronc d'arbre creusé dans le sens de la longueur, en forme de « calice ». Le pilon, un simple rondin, épais de 5 à 8 centimètres, long de 1 mètre à 1 m. 50.
Pour préparer deux kilogrammes de farine avec du manioc séché, non gratté, il faut environ une bonne heure. On procède à mesure des besoins. La négresse ne songe pas à préparer une quantité à l'avance; parfois elle chante pendant le travail, parfois elle ne chante pas : rien de rituel.
P. Colle.
B. — Vie Matérielle.
e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations.