‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 14 sur 59 · Magie · texte numérisé non relu

Magie

Comme il a été dit au numéro 101, une croyance, non moins enracinée que toutes celles dont je vous ai précédemment parlé, c'est la croyance aux sortilèges ou maléfices. Au dire de nos Baluba, une foule d'êtres fantastiques, âmes momentanément désincarnées, appelés bamfwiti ou ndozi , parcourent de nuit l'atmosphère ténébreuse, s'y livrent entre eux à mille jeux folâtres et grotesques, viennent fréquemment épouvanter les vivants et semer la mort dans leurs villages; c'est une race lugubre, essentiellement méchante, émule des génies malfaisants, dont l'unique but est de nuire, le seul bonheur de faire des malheureux. Leur acte s'appelle buti. Et ces êtres maudits, qui sont-ils? De simples et vulgaires Noirs en chair et en os qui ont reçu, avec certains ingrédients superstitieux, la puissance de se rendre invisibles et de quitter, momentanément, leur corps quand bon leur semble. Tous les grands sorciers, voire même les anthropophages et les membres de la secte immorale appelée Buhabo, distribuent, moyennant finances, ces amulettes magiques dont la vertu inspire tant de crainte; toutes contiennent des débris d'ossements humains et en tirent leur valeur, car les morts servent d'intermédiaires pour cette besogne malsaine.

Nul ne les voit opérer. Il faut pour cela être grand sorcier, ou bien posséder un talisman spécial qui vous

Baluba. Congo, D, a, 106.

donne le pouvoir d'entrer en communication avec l'invisible. Les étoiles filantes ne sont autres que des ndozi qui se livrent là haut à leurs amusements favoris et qui se laissent, de temps à autre, entrevoir aux hommes.

Voici diverses méthodes pour lancer ces maléfices :

1. On prend la corne magique; on y verse de l'eau chaude et du charbon de bois en poudre dont on fait une pâte; on la recouvre (la corne) d'un bout d'étoffe en fil de coton, qu'on lie avec une petite tresse d'herbes ; on enfonce de petites chevilles sur tout le pourtour.

Cette opération se fait la nuit.

Dès que tout est prêt, le jeteur de maléfices, le mfwiti, met dans sa bouche l'insecte Kakuba, un scarabée très dur, noir et rouge, empli de nkula, de feuilles et de débris humains , suivant la formule rituelle. Du coup l'opérateur devient invisible; il va devant la porte de la case de celui qu'il veut maléficier; il y creuse un trou, y place la corne de manière que l'étoffe effleure le sol ; cependant que, sur le seuil de la porte, il répand des brindilles de copeaux.

Voici que l'homme visé s'éveille; il sort de la case et met le pied sur les brindilles semées traîtreusement. Aussitôt il éprouve une contraction douloureuse des jambes, retombe en arrière et meurt.

Le magicien reprend sa corne et s'en va. Sa vengeance est satisfaite.

Comme il est invisible, personne n'a pu le voir.

Et c'est ainsi que l'opinion publique, en Uruwa, explique certaines morts subites.

2. D'autres fois, le ndozi place sa corne dans le chemin oij son ennemi doit passer pour puiser de l'eau. Au moment où celui-ci franchit l'instrument magique , il trébuche, tombe et meurt.

BALUBA

(Cong-o.)

D, 106 (suite,)

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