Parfois, le magicien opère à distance
Après avoir dérobé deux herbes du toit de la case de son ennemi, deux herbes à l'arrière de la même case et autant dans le chemin que sa victime suit d'habitude pour puiser de l'eau; après avoir puisé un peu de cette eau dont s'abreuve la victime, le magicien fait bouillir cette eau et ces herbes suivant le mode rituel. Il laisse refroidir la composition. A mesure que celle-ci se refroidit, l'ennemi visé se meurt.
4. Il arrive que, aux herbes ci-dessus décrites, on lie quelques feuilles de l'arbre à l'ombre duquel s'asseoit de préférence l'ennemi. Ce bouquet est appendu à l'intérieur de la case. Quand il sera asséché, le maléficié sera mort.
5. Un cinquième mode consiste à soustraire une pincée de farine qui va servir à la nourriture de l'ennemi, à la placer dans un fruit évidé (Kahuli), pêle-mêle avec des débris de plumes de nduba (toucan) et de la poudre de nkula. Dans ce fruit on enfonce un clou ou une épingle à diverses reprises ; c'est le signe de l'assassinat. Puis on fait bouillir de l'huile dans un pot neuf, on y jette le fruit envoûté qu'on retire après quelques instants. A mesure que celui-ci se refroidit le maléficié agonise et meurt.
6. On prend un fétiche (muhake), on le coupe en fragments qu'on jette successivement dans l'eau bouillante; quand tout y a passé la victime a cessé de vivre.
Ces différentes opérations ont toutes pour but de faire passer rapidement de vie à trépas celui dont le ndozi veut
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se débarrasser. Il en est d'autres qui ont pour effet de ravir son âme, sa personnalité, en ne laissant de lui que l'apparence, le « Kihehele », épi vide, comme disent nos Noirs. Voici comment les choses se passent.
Un nègre se promène tranquillement, sans souci ; tout à coup il entend son nom, regarde en arrière et ne voit rien ; légèrement inquiet, il poursuit sa marche, mais s'entend appeler de nouveau, il regarde encore et ne voit toujours rien. Pauvre homme, c'est trop tard, sans y penser, peut-être, il a été ravi par un ndozi invisible; il n'est plus qu'une ombre de lui-même, un simulacre qui se décomposera avant peu, s'il ne se rend en toute hâte che2 un sorcier. Mais que devient son âme ou sa personnalité ravie? Le ndozi l'enferme avec soin dans une jarre ou dans une statuette au ventre creux, et l'emporte dans une contrée voisine pour y exercer à son tour le métier de devin. Allons lui rendre une visite dans son nouveau village. Il se trouve là, accroupi dans sa cabane entr'ouverte ; devant la porte on voit un ou plusieurs clients venus en consultation pour un parent malade ou défunt; le devin mutala^ ainsi qu'on l'appelle, interroge publiquement et à haute voix sa jarre ou sa statuette, et celle-ci répond d'une petite voix d'enfant, au su et vu de tous les assistants.
Le pauvre homme ainsi ravi, ou plutôt le simulacre de lui-même, peut encore recouvrer sa personnalité. Voici comment.
S'il a cru entendre dire son nom avant d'éprouver le malaise étrange, qu'il fasse sans retard chercher un sorcier voisin. Celui-ci arrive aussitôt, armé de son attirail, inspecte le patient et reconnaît immédiatement la cause du mal. Sans plus tarder, il se dirige vers la forêt ou la brousse, y prépare un charme et se met à la
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poursuite du ravisseur que seul il aperçoit dans le lointain, parcourt un espace plus ou moins long, puis s'arrêtant brusquement, il s'écrie à haute voix : « Ah! voleur d'hommes, je te reconnais, je te tiens ; rends-moi de suite la personne volée, sinon je te trahis. » Le ravisseur stupéfait, effrayé, rend alors son fardeau, et l'heureux sorcier revient en triomphe remettre au malade sa personnalité et toucher son salaire. Mais quelquefois le devin va plus loin encore. Il court après un homme en chair et en os, lui adresse le même discours sous menace de le trahir, s'il ne lui donne telle ou telle chose. Le malheureux justement terrifié, préfère payer grassement le sorcier, qui puise ainsi à deux sources à la fois.
Contre tous ces maléfices n'y a-t-il donc pas de remède? Oui, il existe divers fétiches, chargés de cordes à crampons; malheur au ndozi qui s'en approche; infailliblement il est happé au passage et détruit. Tel est la statuette Mbuya. Mais le grand remède, c'est le mwanzamhale qui a le pouvoir de renvoyer le maléfice sur la famille de l'ensorceleur ; tout maléfice qui atteint le possesseur de ce remède retourne donc par ricochet sur l'enfant, la femme ou un parent quelconque du ndozi.
Mais ces bamfwili, ces bandozi, sont-ils donc invulnérables. Sont-ils à l'abri de tout châtiment? N'y a-t-il personne qui puisse découvrir leurs méfaits et les livrer à la colère publique? Oui, tout kilumbu, grand sorcier, a ce pouvoir, grâce au génie qui le possède et lui révèle fidèlement les choses invisibles. Et malheur au mortel
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que le sorcier accuse d'avoir tué son semblable par des enchantements. Il est aussitôt empoigné par les parents du défunt, cruellement ligoté et entraîné au village voisin, où il lui faudra prouver son innocence par le poison d'épreuve.
J'ajoute ici quelques autres remèdes magiques :
1. Un bout de bois, long de 20 centimètres, large de 2, taillé en rond, est creusé dans presque toute sa longueur. On met à l'intérieur un bout de roseau (lilenge) moitié moins long, contenant la phalange d'un doigt d'enfant et fermé à chaque bout par un bourrelet d'étoupe. Le bois lui-même est bouché avec de l'étoupe et surmonté d'un clou à cheveux en fer.
Ce bwanga (remède magique) s'emploie ainsi. Le muhabo (car celui qui en était possesseur était membre de la secte Bugabo) se rend sur une tombe; il en frappe son bwanga en citant le nom de la personne qu'il veut tuer par ses maléfices. L'âme du mort doit lui obéir et aller tuer la personne désignée, soit en comprimant le cœur, soit autrement. C'est peut-être l'esprit de l'enfant dont la phalange est enfermée dans le bwanga, qui avertit le mort de la tombe.
2. On prend dans sa corne « kilambo » un peu de pâte dont la composition varie d'un individu à un autre, on va sur le sentier oh la personne à atteindre a coutume de passer; on fait une ligne en travers, sur laquelle on saupoudre un peu de cette pâte magique. La personne désignée doit mourir, si elle vient à passer au-dessus de cette ligne sinistre.
3. Dans une corne de Kasya (gazelle) on met un os d'homme et de la pâte magique noire comme celle du Kilambo; un bourrelet en vieux chiffons en ferme l'ouverture; sur ce bourrelet, on tresse une sorte de petit
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chapeau. Cette corne se porte au cou. Si Ton veut nuire aux cultures, on va de nuit suspendre le bwanga dans le champ de manioc, maïs, etc. Celui-ci doit sécher.
Nota : Dans tous les remèdes que les Baluba appellent mikisi mihake, c'est-à-dire dans tous les bouts de bois, fétiches, fruits, cornes, insectes bourrés de pâtes et d'autres ingrédients, il y a quelque chose venant de l'homme. La plupart du temps cela vient d'un cadavre, rarement, comme dans le ngonze du grand chef des Balungu, cela vient d'un vivant déjà initié. Mais il faut, semble-t-il, quelque chose de l'homme pour donner à un bwanga buhake sa force : os, ongle, chair, sang, cheveux, salive, excrément même. La force du bwanga vient de la larve d'un mort, qui devient pour ainsi dire le domestique du possesseur d'un remède magique, et sans lequel le remède n'a pas de valeur; bien rarement, comme c'est le cas pour le « ngonze » c'est un initié spécial qui transmet seul à un remède sa force magique, en y mettant quelque chose de lui-même, salive, urine, etc., ou même un peu de son sang.
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D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques.