‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 22 sur 59 · I. CONFRÉRIE BUKAZANZI · texte numérisé non relu

I. CONFRÉRIE BUKAZANZI

1° Origine.

Au dire de nos anthropophages, la confrérie des Bakazanzi a été introduite dans le pays, il y a longtemps déjà, par des Baluba trafiquants. Etant allés dans le pays de Buyembe et de Wilande, pays dépendant de Ilunga Nsungu et situés tous deux vers l'ouest, pour y acheter des étoffes indigènes faites d'écorces de ficus, ils en revinrent Bakazanzi. Actuellement, les initiés de la confrérie portent encore le nom de Bayembe, c'est-à-dire gens du Buyembe.

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Voici comment les initiés des grades élevés racontent son origine: cette histoire constitue d'ailleurs Tun des grands secrets de leur société.

Mukinda, femme Muyembe (= personne de Buyembe), souffrait de se voir stérile. Un jour qu'elle s'en allait aux champs, le cœur oppressé au souvenir de son malheur, elle vit sortir d'une termitière une bande de fourmis ailées. (Ces bestioles constituent pour nos Baluba un mets fort recherché.) Oubliant sa peine, elle court vers la termitière s'emparer des insectes. Afin d'aller plus vite en besogne, elle se met à agrandir l'ouverture étroite par laquelle les fourmis sortent une à une; sous le tranchant de sa houe, l'ouverture s'élargit, s'élargit. Soudain s'ouvre devant elle un trou profond et noir; il semble qu'elle s'y enfonce jusqu'au fond. Là elle aperçoit des êtres fantastiques, des spectres badigeonnés de terre blanche, rouge et noire (pemba, nkula, busila). Tous tiennent dans leurs mains des minyanga, sorte de hochets . indigènes, et se livrent en chœur à des danses macabres. Ils s'approchent de Mukinda et lui disent : « ke kunyema, batwe bakazanzi; ko kunena i malwa; banhinobenhinobe Makobo wa kwa Kalamba watibanga nsima kamamanga. Ubalikile kutwezya Mukinda, ne Kasongo, ne Mande, ne Kabole, ne Kitenge, ne Nkole, ne Kibenzi, ne Nsimba. » Je traduis littéralement. «Ne t'enfuis pas; nous sommes les Bakazanzi; ne dis pas, malheur à moi; ta mère-mère (= ancêtre?) Makobo de chez Kalamba a coupé la bouillie sans la pétrir dans ses doigts (allusion à la façon de

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manger des chiens par opposition à celle des hommes qui roulent la bouillie dans les doigts), commence par admettre (dans la confrérie) Mukinda, et Kasongo (sa sœur) et Mande (sa femme) et Kabole et Kitenge, etc. »

Je ferai remarquer que Makobo est le nom secret du chien que les Bakazanzi honorent d'un culte particulier. Ils l'appellent leur mère, comme on vient de le voir; pendant leurs réunions, les chiens sont quasi vénérés ; ils peuvent manger au plat des initiés; les frapper alors est un crime. Ne serait-ce pas leur totem?

Après que les ancêtres en balade lui eurent tenu ce discours, ils initièrent Mukinda à tous les secrets de leur confrérie, je veux dire, à la quadruple initiation : Kasubu ka Ntambo (initiation de Ntambo); Kasubu ka Mande (initiation de Mande) ; Kasubu ka Mubangwa (initiation de Mubangwa) ; Kasubu ka Ngoy wa kwa Kahenda (initiation de Ngoy de chez Kahenda). En conséquence elle fut revêtue de tout leur attirail mystérieux, et renvoyée parmi les hommes avec ordre de faire des adeptes. Les premiers initiés devaient s'appeler Mukinda, Kasongo, Mande, etc., c'est-à-dire porter le nom actuel des chefs bakazanzi, tel que les spectres le lui avaient enseigné.

C'est ainsi que le bukazanzi fut révélé aux hommes.

2° Première initiation appelée Kulundwa.

L'initiation des Baluba à la confrérie des ^^kdizmzi en fait des anthropophages. Il ne s'en suit pas que tous soient cannibales. Ne mangent de chair humaine que les initiés de la confrérie. Et encore parmi ceux-ci plusieurs se contentent d'en goûter seulement à l'époque de l'initiation.

Malgré tous leurs ingrédients magiques, bien des initiés de la secte Bukazanzi conservent pour la

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chair humaine une profonde répugnance. Ils prendront part aux danses, mais ne souilleront jamais plus leurs lèvres de la chair de leurs semblables. C'est qu'ils ne sont entrés dans la confrérie que pour apaiser un revenant importun ou forcés par la crainte d'un puissant maléfice.

Hommes et femmes peuvent faire partie de la confrérie. Les non-initiés sont appelés par les Bakazanzi, ntengu (pl. bantegu), antilope-cheval.

Quand, poussé par les motifs que j'ai dit, un indigène désire faire partie de la confrérie des Bakazanzi, il s'en va trouver l'un des initiés bayembe, lui offre un petit cadeau, et lui demande de l'introduire, c'est-à-dire de lui servir de parrain, ou comme l'on dit ici, de père des remèdes, sya bwanga. Le parrain donc atiend la prochaine réunion. Quand tous sont assemblés, il dépose par terre des feuilles de Iwenye et bikoti, des caillots desséchés, des débris d'ossements humains ayant appartenu à un muhunde, mauvais revenant, et la carcasse d'un Kababu (1). Il introduit alors le jeune aspirant qui a quitté ses habits, lui présente le manche d'une hache, ordonne d'appuyer un bout sur les feuilles et de tournoyer autour en saisissant l'autre bout des deux mains. Bientôt l'aspirant tombe étourdi. Les assistants le relèvent, le portent dans une hutte, lui fixent au front un diadème d'osselets humains, lui frictionnent vivement le corps avec de l'huile et divers ingrédients magiques,

(i) GoLiATUS MiCANS, insecte coléoptère caractérisé par sa grande taille et ses vives couleurs.

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jusqu'à ce que la syncope prenne fin. Ils le revêtent alors de sa meilleure étoffe, lui couvrent toute la tête de plumes et sortent dehors. Un ancien de la bande se met aussitôt à cuire une épaisse bouillie de manioc, une poule et un peu de chair humaine fumée, met ce « ragoût » dans un crâne renversé, y plante le tibia d'une jambe humaine, et dépose le tout par terre entre le récipiendaire et son parrain, accroupis tous deux face à face sur une natte de papyrus. Le parrain prend alors une boulette de bouillie trempée dans cette sauce à la « chair humaine », en frotte à plusieurs reprises la langue de son « filleul » comme pour l'immuniser ; il jette cette première pâte, puis lui fait avaler boulette par boulette tout le contenu de cet horrible plat. Voilà donc l'aspirant prémuni contre l'action nocive des âmes de tous les morts dont il voudra violer les tombes ou goûter la chair. 11 peut désormais prendre part aux saturnales, mais sans se frotter de blanc. Le parrain est gratifié d'une ou deux poules pour sa peine, et tout le monde danse la ronde des Bakazanzi.

Il y a une autre façon d'étourdir le récipiendaire. Le parrain fait à la poitrine et au dos de l'aspirant de légères entailles dans lesquelles il frotte une composition magique. Puis il lui lance sur la poitrine un bois de flèche rempli des mêmes ingrédients, pendant que les compagnons lui jettent sur le dos une grêle de fruits rouges appelés matungulu. La victime ne tarde pas à tomber en syncope. On procède ensuite comme j'ai dit plus haut.

3° Deuxième initiation appelée kusubuka ka bayembe.

Après un stage plus ou moins long, le novice désire se faire initier aux rites proprement dits. Il attend généralement qu'il ait des compagnons et qu'on soit à l'époque

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du maïs, car il faut brasser de la bière. Il recourt à Tune des quatre initiations que j'ai nommées plus haut. Toutes sont usitées en Uruwa. La plus répandue au pays de Lukulu est la première, l'initiation de Ntambo. a) Kasubu ka Ntambo,

Le parrain convoque tous les membres de la confrérie. Dès qu'ils sont réunis, il se dirige vers le village du récipiendaire, de son filleul ; pénètre dans sa cabane avec tous ses talismans et fétiches, et lui attache au front une couronne de fruits de « mukunkuli ». A la nuit tombante, tous deux se lavent (kowa loo) avec une sorte d'eau lustrale dans laquelle on a laissé tremper diverses plantes, puis s'en vont dans la forêt la bouche remplie d'herbes afin de ne pas parler. Ils se mettent à la recherche d'une tombe, déterrent prestement le cadavre, l'emportent au galop vers la rivière pour le laver, et de là au village, en récitant sans interruption ces deux mots : « Mukoke, Mulete! tirez, amenez! » Ils le déposent dans une cabane et se couchent de chaque côté. Dès que le jour paraît, ils mettent dehors sur une natte le fruit de leur larcin. Le parrain s'assied alors sur un tabouret, tenant à ses côtés son « filleul », et ordonne aux membres de dresser tout autour d'eux une cloison de nattes de papyrus. Là, à l'abri des regards indiscrets, il découvre à son filleul les secrets de la secte, l'art de confectionner des remèdes magiques, des talismans offensifs et défensifs, et lui octroie une nouvelle immunité contre les revenants et génies malfaisants, au moyen d'ingrédients

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superstitieux enfermés dans une corne de buffle. Cependant un vétéran de la bande a préparé un mets du genre cité plus haut, le fixe au bout de sa cuillère de bois et le glisse prudemment à l'intérieur de la cabane improvisée. Quand l'aspirant a tout absorbé, les nattes sont écartées, et tout deux pénètrent dans une autre cabane pour procéder à un nouveau rite. Sur l'ordre du parrain, le récipiendaire prend dans une courge remplie de terre blanche un peu de poussière, et s'en badigeonne tout le buste, pendant que dehors les tambours font rage ; de la sorte il s'imprègne de la vertu du génie Mande, génie tutélaire de la secte, qui est censé résider dans cette courge. Il sort. Un des membres saisit de la main gauche un van recouvert d'une peau de genette, qui a la propriété de rendre invulnérable, et de la droite une lance. L'aspirant, lui, saisit un crâne humain et une lance. Tous deux font une ronde de danse, viennent devant le parrain, et lui passent entre les jambes. Après cela le crâne est brisé en menus fragments, et partagé entre tous les acteurs. Le nouvel initié reçoit également une part, qu'il emporte précieusement chez lui. Ce sera son principal talisman. Il ne redoutera plus les revenants ni les mauvais sorts, et pourra prendre désormais part aux danses, aux bacchanales des anthropophages et à toutes les réunions, revêtu des insignes de la secte. Il est vrai Kazanzi.

b) Kasubu ka ngoy wa Kwakahenda.

Après que les initiés ont enlevé le cadavre de la tombe, ainsi qu'il a été dit, et qu'ils sont revenus au village ils se mettent dans les narines et sur les yeux des feuilles de Iwenye (sorte de réséda indigène). Ils reçoivent alors leur nom de secte. Le chef initiateur quitte le lieu oii ils sont réunis, et les appelle un à un.

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Ils sortent et viennent à tour de rôle exécuter devant lui la grande danse. Pendant la danse, ils tiennent en main un crâne humain. Dès que ce rite a pris fin, ils vont déposer le crâne devant le Nsinku; ils appellent de ce nom celui des Bakazanzi qui le premier a touché le dos du cadavre au moment où ils le déterraient; celui qui le premier a touché la tête s'appelle Manzi.

A ce moment, une femme revêtue d'une peau de genette et qui répond au nom secret du génie Mande, s'approche du groupe; elle tend un van en guise de plateau et fait une quête en règle. Puis, chacun se badigeonne d'huile, et l'on se sépare momentanément. Le chef alors remplit de remèdes la carcasse du scarabée Goliath (Kakuba) (1), des fruits makose (sorte de coings) et des grosses fèves rouges, appelées Kiu. A la nuit tombante, il se rend à la forêt, accompagné d'un aide (kitobo).Tous deux creusent un souterrain, au-dessus duquel ils construisent une cabane à fétiches. Le lendemain matin, ils reviennent et débroussent devant le souterrain une bande de terre, un bout de chemin. Au milieu de ce chemin improvisé, le chef dépose la courge sacrée du génie Mande Mboko où il a fixé les fétiches delà confrérie.

Après ce nouveau rite, il revient au village, et procède à la désignation des noms des nouveaux initiés. Puis il se rend avec eux à une termitière voisine, où il pratique

(i) Les bakazanzi considèrent ce scarabée comme un talisman protecteur contre les flèches.

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une brèche à Taide d'un pilon. Dans Touverture ainsi obtenue, il dépose un peu de bouillie et du duvet de poules ; il fait même des efforts pour y enfoncer la tête, comme s'il voulait y pénétrer lui-même. Il ordonne aux nouveaux initiés de faire la même tentative. Les voyant impuissants à s'enfoncer ainsi dans la terre, il dit à chacun d'eux : « Puisque tu ne peux entrer monte dessus au galop ». Ils y montent tour à tour, et redescendent à grandes enjambées. Celui qui tombe, est mis à l'amende. Après ce rite, ils reviennent au village, où l'initiateur leur fait les recommandations suivantes qui constituent en même temps les secrets de la secte :

\^ Si musaka buti, banwe bene; si makayo, banwe bene. « Si, en entrant dans notre confrérie, vous cherchez avant tout les moyens de jeter le mauvais sort, cela vous regarde; si vous ne recherchez que nos plaisirs cela vous regarde ».

20 Si un non-initié entrait dans votre demeure, et répandait par mégarde l'eau qui est à bouillir sur le feu, vous le feriez initier, ou du moins vous lui feriez payer une amende qui le rachète de l'initiation.

30 Si mukwenu mu Iwendo wamufyamine ne kiyonga, mkwatile musokwele mambo ne kutentama. « Si en voyage votre compagnon de route se cache à vos regards, ou vous crie à tort : « au secours », vous le forcerez à se faire initier.

40 Quand vous mangerez chez des étrangers, vous n'accepterez jamais en guise d'assaisonnement à la bouillie des feuilles de manioc, mais bien de la viande ou des œufs. Toutefois, vous pouvez manger en cachette des feuilles de manioc, si celui qui vous les présente est lui-même initié.

50 Quand on vous annoncera la mort d'un membre de

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notre confrérie, vous fabriquerez sans retard de la bière de manioc, en ayant soin de piquer une flèche en terre tout près de là.

Quand vous voudrez boire la bière, buvez la de bon matin et exécutez aussitôt une danse. Le lendemain, arrachez la flèche et buvez le reste. Trois jours après, vous brasserez de la bière d'éleuzine et de maïs pour faire les libations sur la tombe du défunt.

Quand le chef initiateur à fini ses révélations, il s'en va tout seul dans la brousse : il y coupe une branche de nkoyo (arbuste fétiche), ramasse des herbes coupées la veille, des résédas (bikoti), du duvet de poule et des racines, tresse une rondelle semblable au coussinet dont se servent les porteuses d'eau, recueille des débris de l'arbre nyamvwa munyantizi, revient à l'endroit où l'on a brassé la bière et oii se trouve la bande, y creuse un trou, dans lequel il dépose le tout, à l'exception de la branche de nkoyo. 11 referme le trou, plante sa branche, dresse de la terre autour de la tige et pique tout à l'entour des plumes de poule. Ce tertre porte le nom secret de Kitu.

Après cela, l'initiateur avertit secrètement les nouveaux initiés, devenus vrais bakazanzi (bayembe) d'avoir à simuler la voix caverneuse des spectres quand, à la faveur des prochaines ténèbres, il viendra les appeler. Mais ils ne pourront répondre au premier appel.

Cependant, les parents des nouveaux confrères ont été invités à venir entendre la voix de leurs enfants. Le chef s'adresse donc aux nouveaux bayembe, et les appelle.

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Sa voix reste sans écho, personne ne répond. Il recommence de la sorte à plusieurs reprises différentes. Evidemment, dit-il aux parents, vos fils sont fâchés, ils ont la colère du remède (nsungu ya bwanga), cela ne cesse qu'avec les cadeaux ; payez-nous des poules. Le village n'est pas loin, les parents s'exécutent. Dès que ce cadeau est livré, le chef s'adresse aux récipiendaires invisibles, et leur dit : « banwe bafu, fwenaï, vous morts, approchez ». Des voix lugubres répondent : « Hu, hu, hu, hu ! fwenai ! » Le chef initiateur simule aussitôt une grande crainte, et file au plus vite vers le village, suivi des parents. De là il se dirige vers la fosse d'oii l'on a retiré le cadavre ; tous les confrères y sont réunis ; on procède aux dernières libations.

c) Kasubu ka Mande etd Kasubu ka Mubangwa, Ces deux initiations diffèrent peu des précédentes. La première possède les mêmes rites que l'initiation de Ntambo, à quelques détails près; la seconde se confond presque avec l'initiation de Ngoy wa Kwakahenda.

4° Enterrement.

A la mort de l'un d'entre eux, tous les confrères du même groupe se réunissent devant la maison mortuaire afin de s'y livrer pendant des heures et des heures à des danses propres à la confrérie. Pour ces danses chacun est badigeonné de blanc, couvert de peau de bêtes, et tient d'une main une hache, de l'autre un instrument représentant une tête d'oiseau à long bec, nyuzya. Ils s'avancent l'un derrière l'autre, à la suite du chef danseur, tout en chantant leurs chants particuliers, et sans doute, pour l'occurrence, les louanges du mort. La famille les dédommage de leur peine. A eux revient en général l'honneur d'enterrer leur confrère.

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5° Réunions.

Les Bakazanzi se réunissent régulièrement à la nouvelle lune, pour exécuter leurs danses en l'honneur de cette planète. A cette époque ils exposent leur génie « Mande » et se frottent tout le corps de terre blanche.

Ils se réunissent encore pour l'initiation des nouveaux adeptes, ou à la mort d'un des leurs, ou même pour dévorer en commun un cadavre humain.

Quand les Bakazanzi ont pu se procurer un cadavre humain, ils se réunissent aux abords du village, ou de préférence sur les bords de la rivière voisine, et là, sans fuir les regards des spectateurs (1) ils dépouillent le corps de sa peau, qu'ils jettent au feu avec les caillots de sang. Ils coupent ensuite le corps par le milieu, aux reins, et en détachent la tête. Le bas du corps est donné aux anciens, le haut aux jeunes recrues, et la tête au chef de la bande. Chaque groupe fait un partage égal entre ses membres qui enfilent leur morceau sur des bâtonnets, et le mettent à fumer, se réservant une part pour le festin du jour. Celle-ci est mise à cuire dans un grand pot de terre. Une femme (car les femmes sont admises dans la secte) a eu soin d'apporter et de cuire de la farine de manioc. Quand tout est à point, chacun vient à tour de rôle saisir bien prestement son morceau, et l'avale en courant et en imitant le cri de la hyène, puis revient à sa place. Le chef, lui, est assis à l'écart. Pendant qu'il fait bouillir dans un pot le plus tranquille-

(i) Il en est ainsi du moins là où ils n'ont pas à redouter le regard du blanc.

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ment du monde le crâne de la victime, il dépouille de leur peau les deux pieds qu'on lui a donnés en partage, les cuit et les déguste à son aise. Tout ce temps durant, les tambours font rage, et les confrères rassasiés se se livrent à une danse frénétique. Après quoi ils brûlent une partie des os, et en recueillent les cendres dans un petit pot sur lequel ils déposent un plus grand pot renversé. Une cheville attachée au pot de dessous est reliée par une corde à une branche fixée dans le sol et pliée en forme d'arc; de la sorte l'âme de la victime est censée prisonnière. Cependant le chef a dégagé le crâne des chairs adhérantes, l'a frotté soigneusement d'huile, brûlé la cervelle, et immolé une poule blanche pour apaiser l'âme du mort. La boîte crânienne est emportée pour servir à des remèdes superstitieux. Après cette scène macabre, toute la bande infernale vient poursuivre la danse au village.

Voici d'ailleurs comment les Bakazanzi se procurent de la chair humaine. Les ennemis tués à la guerre, ou les prisonniers inutiles, tels que vieillards et chefs de village, les victimes du poison d'épreuve, leur sont généralement livrés, soit gratis, soit contre une redevance quelconque. Quand ceux-ci leur font défaut, il s'en vont violer les tombes, pour en ravir les morts. Le cas est fréquent, et se fait surtout à l'égard d'esclaves et de personnes de basse condition. Quand un anthropophage a pu suivre la piste d'un convoi funèbre ou s'il a découvert par hasard une tombe fraîche, il court avertir quelques confrères. Ils s'en vont tous à la dérobée déterrer le cadavre, remplissent la fosse de terre, de branches et d'herbes, s'arrangent de manière à ce que rien ne paraisse. Ils courent aussitôt laver le mort à la rivière, et se réunissent pour le festin.

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6° Hiérarchie.

Le chef des Bakazanzi porte le titre de « Mukulu wa Buyembe » le grand, l'ancien du Buyembe. 11 porte ici le nom de Ilunga Ntambo (Ilunga le lion) ailleurs celui de Nyembo.

Il y a plusieurs chefs de ce degré. On le devient en se procurant à prix d'argent un panier à remèdes de Mukulu wa buyembe après avoir franchi les degrés inférieurs.

Ensuite, viennent les chefs de second ordre : Mukinda, Kabole, Mande, Kitenge wa bwato, d'une part, Kibenzi, Nkole, Lukanda, Hulumba d'autre part. J'ignore où se met Kasongo.

Puis vient le groupe des vrais initiés, des bayembe.

Enfin les initiés du premier degré, les novices.

Les non-initiés sont désignés sous le nom de Ntengu (espèce d'antilope).

Dans leurs réunions régulières, ils se placent dans Tordre suivant :

Groupe de Bayembe, et des novices.

Mukulu wa buyembe

Lukanda + Kibenzi 4- Hulumba + Nkole -f-

+ Kitenge wa bwato

+ Mukinda + Kabole -f Mande

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